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Comment la Côte d'Azur se prépare à un éventuel tsunami

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- - VALERY HACHE / AFP

En cas de tsunami sur la Côte d'Azur - une menace qui existe bel et bien - une importante vague envahirait la Promenade des Anglais à Nice, ou la ville de Cannes.

Face à l'important risque de tsunami, la Côte d'Azur se prépare. Selon un article publié dans Nice Matin, un scénario réaliste se dessine. Le risque "existe et pour pouvoir donner cette affirmation, on se fonde sur des événements historiques comme celui qui s’est produit le 23 février 1887. Ce jour-là a eu lieu au large d’Imperia le plus fort séisme dont on ait connaissance, qui a généré une vague de tsunami haute, en certains endroits de la Riviera, de deux mètres", explique Christophe Larroque, géologue au laboratoire Géoazur à Nice Matin.

Il y a d'ailleurs un précédent: le 16 octobre 1979, un tsunami avait entraîné la mort de 11 personnes et provoqué de gros dégâts, notamment à Antibes. 

"Sur une zone fortement urbanisée comme la Côte d’Azur, une vague de 1 mètre qui envahirait la Promenade des Anglais ou la ville de Cannes poserait déjà un gros problème. Dans l’inconscient collectif, les gens pensent qu’ils ont déjà connu cela lors d’une tempête. Mais là, on parle d’une vague qui envahit le littoral avec une vitesse d’arrivée de plusieurs dizaines de km/h. Ce n’est pas la même chose", ajoute Christophe Larroque.

44 messages d'alerte en 7 ans

Pour tenter de faire face à cette menace, la France s'est dotée en 2012 d'un centre d'alerte aux tsunamis (CENALT) qui surveille les forts séismes survenant en Méditerranée occidentale et dans l'Atlantique nord-est. Installé en région parisienne sur un site du CEA (Commissariat à l'énergie atomique), ce centre fonctionne 24 heures sur 24, observant les données sismiques pour repérer la naissance éventuelle d'un tsunami. L'analyste de permanence doit faire remonter l'information au ministère de l'Intérieur dans les 15 minutes. 

Depuis son entrée en service en juillet 2012, le CENALT a émis 44 messages d'alerte à destination du COGIC (Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises), installé place Beauvau, a indiqué François Schindelé, coordonnateur du CENALT.

Suite à un séisme d'une magnitude de 6,2 dans la partie la plus occidentale de la Méditerranée, le CENALT a ainsi été en mesure d'envoyer une alerte orange au COGIC dans les 8 minutes. Puis, en analysant la faible hausse du niveau de la mer, il a pu préciser que ce phénomène n'était pas menaçant pour les côtes françaises.

"Le système d'alerte montante géré par le CENALT fonctionne très bien", estimait début février Roland Courteau, sénateur de l'Aude, qui travaille sur ces questions depuis plusieurs années.

Une course contre la montre

Mais à ses yeux, la gestion de "l'alerte descendante" vers les zones concernées est moins satisfaisante. Elle est lancée par le COGIC, compétent pour toute une série de risques naturels. Le COGIC a un ordinateur dédié à ce risque et un signal sonore très puissant retentit dans la salle de gestion de crise lorsqu'il reçoit une alerte du CENALT. Le permanencier répercute alors l'alerte à une liste de contacts concernés (préfectures, services d'incendie et de secours etc). Parfois, cela se fait dans les 3 à 8 minutes.

Mais lors d'un exercice le 5 novembre 2018 avec la préfecture des Alpes-Maritimes et la ville de Cannes, cette étape a demandé 34 minutes suite à une série de "petits dysfonctionnements humains". "Nous n'avons pas été bons", reconnaît Jean-Bernard Bobin.

"Notre objectif, c'est de réduire le délai entre le moment où l'on s'empare de l'alerte du CENALT et le moment où elle arrive au plus près de la population", indique-t-il. Car face à un tsunami, "c'est une course contre la montre", pointe-t-il.

Si un séisme part des côtes algériennes et génère un tsunami, la première vague met environ 1 heure pour arriver sur les côtes françaises.

Les tsunamis en Méditerranée, une menace peu connue mais réelle

Dans son histoire, la Méditerranée a été frappée de tsunamis destructeurs et au XXe siècle, 9% des tsunamis dans le monde sont survenus dans cette région.

"La collision des plaques africaine et eurasiatique fait de la Méditerranée une région particulièrement marquée par les risques de séisme et de tsunami", selon un rapport de Roland Courteau publié en 2007.

Les tsunamis résultent le plus souvent d'un séisme sous-marin ou côtier, la propagation des ondes sismiques déclenchant un train de vagues parfois meurtrières. Les éruptions volcaniques peuvent elles aussi être à l'origine de ce phénomène, de même que les glissements de terrain.

Pour qu'un tsunami soit notable, le séisme doit se produire à faible profondeur (moins de 50 km de profondeur) et avoir une magnitude d'au moins 6,5 sur l'échelle de Richter, souligne le CEA (Commissariat à l'énergie atomique) qui gère le centre d'alerte aux tsunamis de la métropole. L'amplitude du tsunami augmente avec la magnitude du séisme.
Avec AFP