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Variant britannique du Covid-19: deux opérations menées pour évaluer sa présence en France

Un dépistage de Covid-19 à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, samedi 9 janvier 2021

Un dépistage de Covid-19 à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, samedi 9 janvier 2021 - Geoffroy Van Der Hasselt - AFP

Les autorités sanitaires souhaitent savoir à quelle vitesse, et ou, circule ce nouveau variant du coronavirus en France.

"Nous devons vraiment tout faire pour limiter ce variant." Invité jeudi soir sur l'antenne de BFMTV, Olivier Véran "ne cachait pas (son) inquiétude" quant au variant britannique du Covid-19, recensé pour la première fois en France à Tours en décembre dernier. Depuis les déclarations du ministre de la Santé, elle semble se diffuser sur l'ensemble du territoire français, en particulier à Bagneux et à Marseille, où des clusters ont été détectés.

Réanalyse des prélévements

L'équation proposée aux autorités sanitaires est dès lors complexe. Il s'agit, en un laps de temps réduit, de savoir à quel point le variant anglais nommé VOC 202012/01 UK circule en France. Pour y voir plus clair, une enquête nationale a été lancée afin de "faire une première cartographie" de sa diffusion, a expliqué Bruno Coignard de l'agence sanitaire Santé publique France (SpF), vendredi lors d'une conférence de presse en ligne.

Elle va porter sur "tous les tests positifs" au Covid-19 de jeudi et vendredi. "Le but, c'est d'avoir une photographie, de mesurer le pourcentage de variant parmi les cas positifs", résume l'épidémiologiste et membre du Conseil scientifique Arnaud Fontanet auprès du Journal du Dimanche.

"L'important, c'est de savoir combien il y en a sur le territoire français parce que ça va conditionné notre statégie dans les trois mois qui viennent", a-t-il commenté ce lundi matin sur BFMTV-RMC.

Afin d'assurer cette surveillance génomique, ces prélèvements vont être réanalysés en utilisant une technique de PCR particulière, celle de l'entreprise Thermo Fisher. Contrairement à d'autres PCR, cette analyse réagit différemment si on est en présence du variant. Elle donne "un signal défectueux", a résumé Arnaud Fontanet ce lundi matin.

"C'est un premier filtre, et ensuite on va aller faire du séquençage" génétique pour s'assurer qu'il s'agit bien du variant, explique à l'AFP Vincent Enouf, du Centre national de référence des virus respiratoires de l'Institut Pasteur, qui réalise ces séquençages.

Les résultats sont attendus "en milieu de semaine", a expliqué Arnaud Fontanet. Sur son site, Santé publique France précise que ces nouveaux tests doivent également servir à "casser les chaînes de transmission."

"Dès détection d’un cas, tous les acteurs sanitaires sont mobilisés pour accompagner les personnes concernées pour le traçage de leurs contacts éventuels et leur isolement strict", insiste l'agence. Ces mesures sont encore plus essentielles "dans le cadre d’une suspicion d’infection par un variant du virus", puisque "la technique du séquençage des virus (est) plus longue que la RT-PCR" classique.

Dépistage massif à Roubaix

En plus de ces analyses plus poussées, plusieurs initiatives locales sont mises en place afin de repérer et circonscrire le variant. À Roubaix (Nord), à partir de ce lundi et pendant six jours, un dépistage massif, gratuit, et accessible sans ordonnance est proposé aux habitants de la ville.

Une initiative plutôt bien accueillie. "On a prévu d’y aller, c’est important de savoir, surtout que je suis rentré sur Paris pour faire les fêtes avec ma famille et j’ai vu des amis", estime un Roubaisien auprès de BFMTV, très vite rejoint par une seconde: "Oui (je vais me faire tester), tout simplement pour me protéger moi et les autres avec qui je suis en contact."

Pour les représentants des autorités locales interrogées par BFMTV, les enjeux à Roubaix sont multiples.

"L’idée est de tester l’efficacité des tests antigéniques qui ont l’avantage d’être rapides, de pouvoir se faire en pharmacie, mais qui sont accusés d’être peu sensibles. Et puis tous les positifs seront séquencés, nous allons étudier le génome viral, à la recherche des souches variantes anglaises, sud- africaine ou d’autres encore", explique le professeur Philippe Froguel, généticien au Centre hospitalier universitaire de la ville.

Pour le docteur Jean-Philippe Dancoine, médecin généraliste et adjoint au maire chargé de la Santé, le cas échéant, les résultats de cette nouvelle phase pourraient avoir une incidence sur le quotidien de la ville.

"Ce virus, même s’il n’est pas plus agressif, est beaucoup plus contagieux, 50 à 75% plus contagieux que le virus classique. SI le virus est présent, je pense que ça donnera aux autorités l’occasion de peaufiner leur dispositif", avance-t-il.

Une réaction trop tardive?

Ce n'est toutefois pas la première fois que des tests à l'échelle d'une ville sont mis en place, sans réel succès. Il y a quelques semaines, ces mêmes initiatives mises en place a Charleville-Mézières et au Havre n'avaient attiré que 10% des habitants.

De plus, plusieurs spécialistes s'interrogent sur le retard pris en France. Toujours auprès du JDD, le biologiste médical et porte-parole de Biogroup Laurent Kbaier fustige les autorités françaises qui ont "tardé à réagir."

"Le Danemark s'est inquiété à 0,2% (des cas positifs pour le variant anglais, ndlr). Un mois plus tard, ils étaient à 2%, c'est exponentiel", estime-t-il.

Or, selon ses propres estimations, ce nouveau variant pourrait déjà représenter 1% des cas en Île-de-France.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV