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Vacciner 90% des adultes? Alain Fischer juge le seuil "très difficile" à atteindre

Le professeur Alain Fischer lors d'une conférence de presse gouvernementale en février 2021.

Le professeur Alain Fischer lors d'une conférence de presse gouvernementale en février 2021. - STEPHANE DE SAKUTIN

Dans un entretien accordé à Libération, le président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale réagit aux modélisations réalisées par l'Institut Pasteur et évoque la vaccination des enfants.

Peut-on entrevoir un horizon proche où il sera possible d'abandonner entièrement les gestes barrières? Reprendre nos vies telles qu'elles étaient avant 2020 et la pandémie? Dans un entretien accordé à Libération et paru ce dimanche, le Pr Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale française, réagit aux modélisations de l'Institut Pasteur. D'après celles-ci, il faudrait que plus de 90% des adultes soient vaccinés pour qu’un relâchement complet des mesures de contrôle soit envisageable à l'automne.

"Cela va être très difficile car il faut remplir plusieurs conditions, notamment l’adhésion de la population à la vaccination", répond Alain Fischer, évoquant le cas des plus jeunes, "pas tous convaincus de l'intérêt de se faire vacciner".

Ainsi, le professeur d'immunologie dit croire "aux rôles des ambassadeurs: leurs familles, ceux qui ont été vaccinés en début d'années, mais aussi leurs 'pairs', ceux qu'ils écoutent (célébrités, sportifs...), le système de ruissellement peut fonctionner".

Vacciner les enfants, une nécessité?

Du reste, pas de doute selon Alain Fischer, il faut "tout faire pour que la vaccination devienne une norme sociale". "Voilà notre futur principal enjeu. Je suis raisonnablement optimiste", avance-t-il auprès de Libération.

Cet enjeu pose la question de la vaccination des enfants. "Si seuls les adultes sont vaccinés, une épidémie importante est malgré tout attendue chez les enfants, contribuant à l’infection des parents et des grands-parents non protégés", prévient l'institut Pasteur. Si l'objectif à atteindre est celui de l'immunité collective, "il est logique de vacciner les enfants", abonde Alain Fischer.

"Pour la grippe par exemple, les Britanniques et les Américains les vaccinent beaucoup. Pas tellement pour les protéger, car ils ne font pas de grippes sévères, mais pour limiter la diffusion du virus à leurs grands-parents. Ce n’est pas dans la philosophie de la vaccination française, mais on va devoir tendre vers cela pour le Covid", concède l'immunologue.

Besoin d'une "adhésion vaccinale"

À ce titre, les laboratoires Pfizer ont déposé vendredi devant l'Agence américaine du médicament (FDA) une demande d'autorisation de vaccination pour les mineurs âgés de 12 à 15 ans. Une étape importante pour informer la communauté scientifique, selon Alain Fischer.

"Cet été, on aura toutes les informations sur la sécurité des vaccins chez l’enfant, leur efficacité et éventuellement les doses nécessaires pour définir une politique de vaccination. Il me paraît plausible que l’on soit amené à proposer une éventuelle mise en pratique autour de la rentrée scolaire", affirme-t-il.

Pour l'aiguillon de notre stratégie vaccinale, "si les mesures barrières continuent d’être respectées et que nous avons eu l’adhésion vaccinale attendue à l’automne prochain, nous pouvons espérer un retour à la vie normale". Et de conclure sur cet avertissement:

"Si on reprend nos habitudes sociales d’avant Covid trop tôt, sans masques en pleine campagne de vaccination, les conséquences sanitaires peuvent être désastreuses."
Jules Pecnard Journaliste BFMTV