BFMTV
Santé

Vaccination des enfants: que disent les premières données de la campagne israélienne?

La vaccination contre le Covid-19 des enfants âgés de 5 à 11 ans et présentant des facteurs de risque débute ce mercredi en France. Les données en provenance d'Israël, où les plus jeunes peuvent déjà se faire vacciner, sont plutôt rassurantes.

Depuis l'arrivée des vaccins contre le Covid-19, Israël fait figure d'Etat-laboratoire. Il se veut en effet résolument pionnier dans la voie de la vaccination. Tandis que la France ne commence à inoculer ses premières doses aux 5-11 ans - présentant de surcroît un risque particulier d'infection - que ce mercredi, Israël a engagé cette étape dès le 22 novembre dernier.

Adhésion de la population, efficacité, effets secondaires éventuels: les résultats de sa campagne à destination des plus jeunes sont par conséquent scrutés avec intérêt à l'international. Sur place, les autorités scientifiques et les spécialistes ne s'en cachent pas: les éléments manquent encore pour se faire une vision d'ensemble sur la vaccination des enfants, mais les premières constatations sont encourageantes.

"La vague des enfants"

Dès le 20 novembre dernier, soit deux jours avant l'extension de la campagne aux plus jeunes, le Premier ministre israélien Naftali Bennett fixait un nouvel horizon sanitaire aux yeux d'une nation voyant déjà poindre une énième reprise épidémique sur son sol.

"C'est la vague des enfants", expliquait-il, comme l'a relevé ici le quotidien Haaretz.

Derrière ce constat, un chiffre mis en avant par le chef du gouvernement: à la mi-novembre, 49% des nouveaux cas de Covid-19 étaient liés aux enfants.

Trois semaines plus tard, c'est déjà l'heure des premiers enseignements. En duplex ce mercredi matin sur notre antenne, le professeur Cyrille Cohen, directeur du laboratoire d'immunothérapie à l'Université de Bar Ilan de Tel-Aviv et membre du Conseil consultatif sur les effets du vaccin auprès du ministère de la Santé local, a fait le point.

"On n'a pas encore suffisamment de données à long terme", a-t-il d'abord reconnu. "Mais à court terme - pour la première dose car on commence seulement pour la deuxième dose - on n'a pas vu de signaux alarmants mis à part un peu de fatigue, fièvre, courbatures etc."

Les lenteurs de la vaccination, l'hésitation des parents

Les mêmes désagréments, donc, que pour leurs parents. La seconde leçon de la vaccination israélienne des 5-11 ans tient d'ailleurs à ces derniers. Le processus a semblé avancer au ralenti tant les foyers sont peu enthousiastes à l'idée d'une injection dans le bras de leur progéniture. "8 à 10% des enfants israéliens ont reçu ce vaccin trois semaines après le début de leur vaccination", a chiffré ce mercredi matin Cyrille Cohen, ajoutant:

"Il y a de l'hésitation quand même, il y a moins de précipitation comparé à ce qu'on a observé pour d'autres tranches de la population".

En termes strictement numériques, comme le souligne Haaretz, ce pourcentage représente 110.000 enfants âgés de 5 à 11 ans sur les 1,2 million éligibles. C'est d'autant moins qu'au Canada, qui n'a tourné ses seringues en direction de la même classe d'âge que trois jours après Israël, on est déjà parvenu à un taux de 17,9% de jeunes immunisés, et qu'aux Etats-Unis - où certes l'entreprise a démarré dès le 3 novembre - on a déjà passé le seuil des 18% dans cette catégorie.

Une étude conduite en Israël du 3 au 8 novembre 2021 - avant le lancement de cette nouvelle campagne - par l'Université Washington de Saint Louis, décryptée ici par l'Institut Brookings, avait vu venir l'écueil. Selon les auteurs de l'étude, les parents renâclent surtout devant un manque de transparence des autorités sanitaires en la matière. Mais le degré de scepticisme décroît avec l'âge du patient:

"L'intention de vacciner ses enfants monte de 30% en ce qui concerne les enfants de cinq ans à 46% en ce qui concerne ceux de 11 ans", peut-on notamment lire sur le site de Brookings.

398 petits hospitalisés

Un problème d'opacité et peut-être d'accès. Cyrille Cohen a ainsi noté un essor net depuis que la vaccination s'est installée - à compter de ce lundi seulement - dans les écoles du pays.

"Dans certaines localités, ils étaient à 0,5 ou 1% de vaccination et quand elle est arrivée à l'école on est passé en deux jours de 1% à 20% d'enfants vaccinés". 

Une accélération sans doute bienvenue car bien que la pandémie frappe les enfants moins férocement, les drames menacent dans les hôpitaux. Le docteur Efrat Wexler, directrice du service pédiatrique de l'Assurance Maladie israélienne Meuhedet, citée par le Jerusalem Post mardi, a étayé un sombre tableau:

"Dans la plupart des cas, la maladie sera effectivement bénine pour les enfants les plus jeunes, mais en Israël, on compte 398 enfants hospitalisés dans un état qualifié de modéré à critique et onze sont morts."

Les Israéliens et les Français regardent les Américains

Cyrille Cohen veut toutefois apercevoir la lumière au bout du tunnel.

"Les signaux qu'on reçoit des Etats-Unis, où cinq millions d'enfants sont vaccinés et où le Centre pour la prévention des maladies (CDC) dit qu'on n'a pas vu de signaux particuliers sont aussi très rassurants".

Et ça tombe bien, car avant de généraliser éventuellement la vaccination à l'ensemble de ses 5-11 ans, la France attend justement le retour d'expérience américain. D'après le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale hexagonal, les données états-uniennes - actuellement en cours de collecte - pourraient être connues d'ici "la fin du mois".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV