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Une greffe du corps entier bientôt possible?

Des chirurgiens en pleine opération, à Lille (image d'illustration)

Des chirurgiens en pleine opération, à Lille (image d'illustration) - Philippe Huguen / AFP

Greffer une tête vivante sur le corps d'un donneur mort, c'est le défi que s'est lancé un chirurgien italien. Pour lui, la procédure sera réalisable dans les deux années à venir. Une prouesse technique que beaucoup jugent impossible et qui soulève de nombreuses questions éthiques.

Un chirurgien italien affirme qu’il sera techniquement possible de procéder à des greffes du corps entier d’ici deux ans. Le docteur Sergio Canavero travaille en effet sur un projet de greffe visant à rattacher la tête d’une personne vivante au corps d’un donneur mort. Canavero espère ainsi recruter une équipe et commencer à travailler en juin prochain. Le chirurgien italien a déjà donné un aperçu de ce à quoi cette incroyable procédure pourrait ressembler dans une publication datée de novembre 2014. Aujourd’hui, il compte passer à la vitesse supérieure. 

Canavero confie ainsi à la revue scientifique New Scientist qu’il pense pouvoir prolonger la vie de patients atteints de maladies incurables. "Si la société s’y oppose, je ne le ferai pas. Mais si les gens n’en veulent pas aux Etats-Unis ou en Europe, ça ne veut pas dire que ce ne sera pas fait autre part," affirme-t-il.

Challenge technique, débat éthique 

Deux problèmes colossaux barrent actuellement la route du chirurgien turinois. En premier lieu, l’aspect pratique de l’affaire: greffer une tête vivante sur un corps mort relève de l’exploit scientifique. Il faudrait, pour y parvenir, être capable de préserver la vitalité de la tête du patient une fois détachée de son corps, et ce pendant tout le temps nécessaire à la reconstruction des milliers de connexions nerveuses de la moelle épinière. De l’autre côté, le corps du donneur et tous ses organes devraient faire l’objet d’une prise en charge exceptionnellement compliquée afin de les préserver d’une défaillance. 

Mais le principal écueil reste éthique. Il est difficile d’imaginer que les autorités médicales donnent leur aval à la tenue de tests cliniques d’une telle procédure. De plus, les conséquences psychologiques d’une greffe d’un corps entier sur le patient sont absolument imprévisibles quand on sait que beaucoup de personnes ayant bénéficié d’une transplantation témoignent de grandes difficultés à accepter leur nouveau membre. 

La moelle épinière, un territoire chirurgical peu connu

L’idée tient du fantasme du savant fou. Déjà, en 1970, le Docteur Robert White de l’université de Cleveland s’était essayé à la greffe de la tête d’un singe sur le corps d’un autre. Si le cobaye n’était pas mort sur le coup, il s’était retrouvé totalement paralysé, le chirurgien n’ayant pas réussi à rétablir les connexions nerveuses de la moelle épinière. 

Ce challenge est d’ailleurs au centre du problème : si les chirurgiens savaient reconstruire les réseaux nerveux de la moelle épinière, de nombreuses paraplégies pourraient être soignées. Les confrères du chirurgien italien sont d’ailleurs dubitatifs. "C’est un projet tellement incroyable qu’il a très peu de chance d’aboutir," conclue Harry Goldsmith, professeur en neurochirurgie à l’université de Californie. Les scénaristes de science-fiction n’ont qu’à bien se tenir…

François DE LA TAILLE