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Un couple autorisé à conserver le sang du cordon ombilical de son bébé, une première

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Philippe Huguen-AFP

C'était jusqu'à présent interdit. Un couple a été autorisé par la justice à conserver le sang présent dans le cordon ombilical de son bébé. Les deux parents espèrent que les cellules souches qu'il contient pourront un jour soigner leur enfant s'il tombe malade.

C'est une première en France. Un couple -dont la femme est enceinte et doit accoucher dans les prochains jours- a été autorisé par la justice le 21 novembre dernier à conserver le sang présent dans le cordon ombilical de son bébé.

Si la pratique est en principe interdite -le cordon ombilical, considéré comme un déchet, est habituellement détruit- le tribunal de grande instance de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, a décidé de faire une exception, évoquant des nécessités thérapeutiques justifiées. Au cœur de l'affaire: le lourd passif familial en matière de santé. Plusieurs grands-parents sont morts de cancers du pancréas et du foie. Le père de l'enfant souffre lui-même de lourdes maladies héréditaires.

"Jamais pour soi-même"

Le sang du cordon ombilical est particulièrement riches en cellules souches utilisées pour soigner certaines maladies du sang, comme la leucémie. Elles pourraient, si la recherche le permet un jour, sauver l'enfant s'il développait l'une de ces pathologies familiales. En France, il est possible de faire un don de sang présent dans le cordon et le placenta, comme le rappelle Le Parisien, mais sa conservation dans un but personnel est interdite.

"Les cellules hématopoïétiques du cordon peuvent être prélevées dans un cercle familial, si un frère ou une sœur souffre par exemple d'une leucémie, mais jamais pour soi-même", a indiqué le professeur Ibrahim Yakoub-Agha, responsable des greffes au CHU de Lille, pour le quotidien national.

"Un futur cadeau que je fais à mon enfant"

Concrètement, lors de la naissance, le sang du cordon sera prélevé et conservé dans un établissement spécialisé à -176°C. C'est une équipe britannique -la pratique est autorisée au Royaume-Uni- qui viendra faire le prélèvement et le stockera pendant au moins vingt-cinq ans. Les parents de l'enfant à naître son rassurés. 

"On pourra utiliser les cellules souches pour régénérer un organe, a expliqué la future maman à RTL. C'est peut-être un futur cadeau que je fais à mon enfant de pouvoir demain se soigner grâce à ça. C'est une sécurité, donc je le tente. J'aurais regretté de ne pas le faire même si demain ça ne fonctionne pas."

Un vide juridique

Tous les médecins ne sont pas convaincus. "Il s'agit plus d'une décision humaine, pour pallier l'angoisse des parents, que basés sur des fondements scientifiques", considère Noël Milpied, chef du service d'hématologie et de thérapie cellulaire au CHU de Bordeaux, pour Le Parisien.

En France, le statut du cordon ombilical n'est pas clair. Un vide juridique, comme le rappelle la radio nationale: "la loi française ne dit pas clairement qui est propriétaire". Certains considèrent qu'il est la propriété de la famille. Mais d'autres, comme les milieux médicaux, estiment qu'il doit profiter à tous et évoquent des questions d'éthique. Ibrahim Yakoub-Agha s'inquiète des possibles dérives d'une telle pratique. "Si cette décision fait jurisprudence, cela pourrait devenir inquiétant. On verra se développer des démarches plus commerciales que médicales."
Céline Hussonnois-Alaya