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TOUT COMPRENDRE - Effets, dangers... qu'est-ce que le GHB, surnommé la "drogue du violeur"?

Le GHB est surtout connu comme une drogue donnée à l'insu d'une personne pour en abuser, mais cette molécule est aussi utilisée en médecine

Le GHB est surtout connu comme une drogue donnée à l'insu d'une personne pour en abuser, mais cette molécule est aussi utilisée en médecine - AFP

En France, le GHB a un usage médical, mais aussi de stupéfiant en raison de ses effets euphorisants. Il est surtout connu comme la "drogue du violeur", utilisée à l'insu d'une personne pour abuser ensuite d'elle.

À Grenoble, une enquête a été ouverte la semaine dernière après le signalement, par la direction de l'École de Management, d'une possible circulation de GHB, surnommé "la drogue du violeur", lors de soirées étudiantes. Un étudiant s'est fait tester et a constaté qu'il avait ingéré, à son insu, cette substance, et d'autres ont signalé des troubles de la mémoire, une conséquence caractéristique de la prise de cette drogue.

Inodore, incolore, le GHB utilisé comme drogue agit rapidement et son effet peut durer plusieurs heures. Utilisé pour des médicaments, il est surtout connu pour son détournement en tant que stupéfiant, alors que son utilisation récréative est illégale en France.

· Qu'est ce que le GHB?

Le GHB, est une contraction verbale de la molécule gamma-hydroxybutyrate ou Gamma OH, "une molécule anesthésique à usage médical", qui "a une double action: euphorisante, puis sédative", explique le site Drogues.gouv. Ce produit est généralement vendu sous la forme de poudre soluble ou de liquide, et doit être ingéré.

L'Inserm rappelle dans une étude que le GHB a été "synthétisé dans les années 1960" dans un but médical, afin d'obtenir "une substance qui pénètre facilement et rapidement dans le cerveau". Mais il est surtout "connu en raison de sa consommation illicite et des intoxications qu’il peut entraîner", écrit l'Institut, qui note qu'il "est devenu populaire dans les années 1980 auprès des body builders californiens".

Cette molécule est utilisée en France comme traitement: "le médicament GHB existe de façon très très règlementée, injectable ou buvable, mais uniquement prescrite par quelques médecins dans des indications très précises", explique sur BFMTV William Lowenstein, addictologue et président de l'association SOS Addictions.

Ce produit est "utilisé en médecine pour le traitement de la narcolepsie (trouble du sommeil chronique) et comme anesthésiant préopératoire", mais "il connaît depuis une vingtaine d’années une utilisation détournée à des fins non médicales", explique le site du ministère de l'Éducation nationale Jeunes.gouv.

Quand on parle de GHB, on peut aussi en réalité parler de GBL, soit de gamma-butyrolactone. Il s'agit d'un solvant qui se transforme en GHB dans le corps, un "liquide toxique, à vocation industrielle, très acide, qui est utilisé tel quel ou mélangé à d’autres produits chimiques (solvants, décapants, etc...)".

· Quels sont ses effets comme drogue?

Si quand on parle du GHB, c'est le plus souvent pour parler de personnes victimes d'une prise à leur insu, comme c'est le cas dans l'affaire de Grenoble, cette drogue est aussi prise volontairement dans un contexte de fête, pour ses effets euphorisants et de désinhibition.

Comme toute drogue, ses effets varient selon la quantité prise, mais aussi l'état de la personne, et ce qu'elle a pu consommer avant. Ils "se manifestent rapidement (10 à 15 min) et durent entre 1h30 et 2h", relate Drogues.gouv. AIDES (association française de lutte contre le VIH), parle d'effets jusqu'à quatre heures et souligne que le GLB "étant plus acide (c’est un décapant, ne l’oubliez pas!) que le GHB, il faut le diluer deux fois plus que ce dernier", afin d'éviter les surdosages.

Avec le GHB, il y a un "effet d'extrême relaxation physique et psychique, à tel point que cela a été étudié comme traitement possible dans les dépressions. Il y a un effet euphorisant tranquille", décrit William Lowenstein. La personne prenant du GHB "va être dans les vapes mais va garder une possibilité d'action. Ce n'est pas quelqu'un qui est paralysé ou complètement endormi, c'est quelqu'un qui se laisse faire", explique-t-il parlant de "drogue de soumission".

L’usage du GHB peut aussi entraîner "des vertiges, des nausées, des contractions musculaires ou des hallucinations", explique Drogues.gouv. Côté GBL, "l’usage de doses plus fortes provoque sédation et amnésie. Un dosage infinitésimal suffit à obtenir des effets, les risques de surdosage sont par conséquents facilement atteints et peuvent entrainer malaises, coma, dépression respiratoire, décès".

· Quels dangers?

Comme expliqué ci-dessus, la prise de GHB entraine une forme de perte de conscience, William Lowenstein parle de "zombie passif, détendu, qui va obéir aux ordres qui peuvent être donnés". Ainsi, il est possible que des personnes profitent de votre état, par exemple sexuellement, alors que vous n'auriez pas donné votre consentement sans la prise de cette drogue. C'est pour cela que le GHB est surnommé la "drogue du viol".

De plus, "il y a une incompatibilité totale entre le GHB/GBL et l’alcool. Même si tu as bu une bière quelques temps auparavant, cela suffit pour avoir une intoxication. La plupart des comas signalés font état d’un mélange d’alcool et de GHB/GBL", alerte AIDES. "Même de très faibles doses de GHB/GBL peuvent avoir des conséquences graves s’il y a une prise concomitante d’alcool, d’un opiacé ou encore de certains médicaments", souligne également Jeunes.gouv.

D'autre part, comme tout produit illégal, la composition de cette drogue n'est pas contrôlée, son contenu peut donc être coupé par d'autres produits pouvant s'avérer toxiques.

"Des cas de dépendance physique et/ou psychique chez des consommateurs-rices réguliers-es ont été rapportés", note également AIDES, "cependant, le GHB/GBL ne crée pas d’accoutumance, donc il n’est pas nécessaire d’augmenter les doses pour ressentir les mêmes effets".

· Comment repérer cette drogue?

Même si AIDES note que le produit peut avoir un goût amer, mélangé à d'autres substances liquides il est difficilement repérable sur le coup. Mais après consommation, il est également compliqué de le détecter dans le corps humain.

"Il s'élimine en eau et en sel très très rapidement, il y a quelques heures pour le retrouver dans le sang et maximum 12 heures dans les urines", souligne William Lowenstein. Donc "si la prise a eu lieu par exemple à minuit, c'est rare que les personnes se retrouvent dans un laboratoire 12 heures après".

L'addictologue répète aussi que des pertes de mémoire inhabituelles, ou particulièrement prononcées peuvent être le signe d'une prise de GHB.

"Il y a toutes ces personnes qui se souviennent très vaguement de ce qu'il s'est passé, mais en général il y a de l'alcool aussi, ce qui met très en danger les victimes", et qui permet aussi de cacher la prise de drogues, explique sur notre antenne l'avocate Caty Richard. "C’est-à-dire qu’on ne sait plus bien si on n’a pas de souvenir parce qu’on avait trop bu ou si on n’a pas de souvenir parce qu’on a été drogué. C'est très compliqué à mettre en perspective".

D'autre part, l'avocate rappelle que si cette drogue est associée aux fêtes et boîtes de nuit, elle peut tout à fait être donnée dans d'autres cadres, comme dans une circonstance familiale. Car la soumission chimique, "c'est aussi une mère qui donne des médicaments à ses enfants pour qu'ils dorment ou le mari qui shoote sa femme pour pouvoir sortir avec ses copains", déclare-t-elle. Elle souligne que si "la victime type est le plus souvent une femme", des hommes sont aussi pris pour cible.

· Quels gestes observer?

Pour les personnes qui prennent volontairement cette drogue, bien que pour rappel sa consommation récréative est complètement prohibée en France, AIDES publie des conseils afin d'éviter les surdosages et de potentiels drames.

Il y a "très peu de différence entre la dose euphorisante, la dose provoquant une perte de conscience et la dose mortelle. La consommation de GBL ne doit donc absolument pas être banalisée car les effets négatifs et potentiellement mortels peuvent apparaître brutalement", souligne Jeunes.gouv. "Le premier conseil de réduction des risques est de consommer la plus petite quantité possible et de limiter la fréquence de consommation en soirée afin d’éviter les intoxications. Le dosage doit se faire au millilitre près et dépend du poids de l’usager".

Pour éviter d'être drogué à son insu en soirée, un système de protection des verres, en forme de capote à poser au-dessus pour boucher l'entrée du verre, est parfois proposé par des associations étudiantes. William Lowenstein conseille surtout de surveiller son verre, et de ne pas sortir seul, mais avec des personnes de confiance qui pourraient venir en aide en cas d'injection non désirée.

"Si un proche a pris du GHB ou du GBL, il peut faire un malaise très brutalement. S’il reste conscient il faut le surveiller et rester près de lui. S’il a perdu conscience, il faut impérativement appeler les secours (SAMU 15 ou Pompiers 18 ou 112) et, s’il ne respire pas ou très peu, lui faire un massage cardiaque en attendant que les secours prennent le relais", écrit Jeunes.gouv.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV