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"Reculer pour moins bien sauter": les médecins déçus des annonces de Jean Castex

À l'unanimité, médecins et scientifiques regrettent que les mesures annoncées vendredi soir par Jean Castex ne soient pas plus strictes.

Depuis une semaine, l'exécutif souffle le chaud et le froid quant à un éventuel troisième confinement afin de tenter de freiner la progression de l'épidémie de Covid-19 en France. Une mesure réclamée par de nombreux médecins, qui divise toutefois jusqu'au sommet de l'État.

Vendredi soir, au terme d'un Conseil de défense à l'Élysée tardivement décidé, le Premier ministre Jean Castex a pris la parole pour annoncer des mesures de restriction complémentaires au couvre-feu, pour tenter d'"éviter un nouveau confinement". Parmi ces mesures, une fermeture des frontières aux pays hors Union européenne, un renforcement des contrôles ou encore la fermeture des centres commerciaux non-alimentaires de plus de 20.000 m².

"C'est reculer pour moins bien sauter"

"Tout nous avait préparé à une annonce de reconfinement...", note ce samedi matin Gilbert Deray, chef du service néphrologie à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. "Dans l'urgence, on ne nous annonce pas de mesures en fait", ajoute le médecin, qui estime cela "quasi anecdotique" sur le plan sanitaire.

"La question que je me pose, c'est pourquoi il a été décidé de ne pas tenir compte de la situation dont nous pensons qu'elle conduit inéluctablement à une aggravation, et donc de ne pas prendre de mesure plus importante (...) Ma conviction, c'est qu'entre le sanitaire et l'acceptabilité, il a été décidé de tenir compte de l'acceptabilité" ajoute-t-il, précisant ne se faire aucune illusion sur la suite: "Nous reconfinerons plus tard lorsque la situation sera tellement grave que ce sera obligatoire", poursuit-il. "Ça n'est pas reculer pour mieux sauter, c'est reculer pour moins bien sauter."

Au sein de l'opinion publique, l'idée d'un nouveau confinement partage beaucoup. Selon notre sondage réalisé par l'Institut Elabe, 52% des Français se montrent défavorables à un confinement national strict sur le modèle de celui du printemps dernier, alors que 93% des Français s'y déclaraient favorables en mars dernier.

"On va s'adapter et monter au front"

"Les caractéristiques principales des professionnels de l'urgence c'est l'adaptabilité et l'engagement, donc on va s'adapter et monter au front", a fait valoir sur notre antenne la Dr Agnès Ricard-Hibon, invitée vendredi soir après les annonces du Premier ministre. "On ne va pas dire qu'on est ravis des décisions qui sont prises", a toutefois précisé la soignante, directrice du Samu 95 et membre de la Société française de médecine d'urgence.

Son de cloche identique chez Christophe Rapp, infectiologue à l'hôpital américain de Paris, consultant de BFMTV:

"C'est un pari sanitaire un peu risqué parce que les chiffres sont quand même très limites, la situation est fragile et les mesures envisagées ne me paraissent pas extrêmement faciles à contrôler", juge-t-il.

Tout comme la psychiatre Anne Sénéquier, chercheuse à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques): "On est à deux semaines des vacances, aujourd'hui on dit 'on ne confine pas', mais ça ne veut pas dire que dans deux semaines on ne confinera pas."

"Je crains qu'il ne soit trop tard"

Dans les colonnes du Parisien, plusieurs médecins font également part de leur désarroi. "Vous trouvez qu'il y a eu des mesures?" ironise ainsi l'épidémiologiste Dominique Costagliola. Même constat pour Mahmoud Zureik, professeur de santé publique à l'université de Versailles-Saint-Quentin, dans les Yvelines, qui juge ces annonces insuffisantes:

"Malheureusement, je crains qu'il ne soit trop tard. Il n'y a pas là de quoi casser la dynamique qui, certes, n'explose pas, mais est montante."

Vendredi, la pression épidémique restait forte en France. Près de 23.000 nouvelles contaminations avaient ainsi été rapportées, et à l'hôpital, notamment en réanimation, les entrées étaient à un niveau élevé.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV