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Quand le sport aide à traiter les maladies chroniques

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Photo d'illustration - iStock - lzf

Sur le parvis Notre-Dame, en plein cœur de l’Hôtel Dieu, à Paris, l’ancien service de réanimation a laissé place à des salles d’activité physique depuis trois ans. Immersion dans ce centre de réhabilitation par le sport.

Ce vendredi après-midi, pendant 45 minutes, quatre patients en tenue de sport s’activent dans deux anciennes chambres réunies, agrémentées de tapis de gymnastique, de balles et d’altères. Philippe, Cécilia, et Marie ont été pris en charge pour une maladie cardio-vasculaire, une dépression ou un cancer. Loin des traitements classiques, ils viennent ici apprendre ou réapprendre à bouger encadrés par un éducateur spécialisé.

Après un léger échauffement, les élèves doivent manier un bâton pour travailler les muscles du haut du corps. Puis, place aux gros ballons gris, pour une séance de basket adaptée.

"Il faut adapter le contenu, par exemple au regard du nombre de répétitions, aux mouvements que certains peuvent réaliser et d’autres non. Donc on peut être sur une activité que l’on va devoir adapter pour respecter les besoins, les envies de chacun", explique à BFMTV Jean-Baptiste Baudouin, professeur en activité physique adaptée.

400 patients pris en charge chaque année

Cécilia, prise en charge après un cancer du poumon, découvre des capacités inespérées. "J’avais peur de ne pas avoir assez de souffle donc je m’interdisais de faire des trucs". Diabète, hypertension, dépression, cancer… un Français sur quatre est touché par une maladie dite "chronique". Un sur trois après 65 ans. Pour tous ces malades, l’INSERM vient de publier une expertise collective. Quatorze experts ont compilé 1.600 études scientifiques sur l’impact de l’activité physique sur une dizaine de pathologies. 

Leur conclusion: il faut intégrer l’exercice dans le traitement des maladies chroniques au même titre que les médicaments.

C’est pour concrétiser cette approche que ce centre de réhabilitation par le sport a ouvert il y a 3 ans. Chaque année, plus de 400 patients y sont pris en charge, pour un programme de 6 semaines, à raison de 3 séances hebdomadaires. Une durée suffisante selon les experts, pour entamer une dynamique et percevoir des bénéfices.

"J’ai davantage de souffle. Je suis allée me balader ce week-end, ce qui ne m’arrive jamais. Je me suis achetée un swiss ball (un gros ballon de gym, ndlr) chez moi. Après je ne sais pas si mon plaisir sera le même dans six mois mais en tout cas, cela m’a fait beaucoup de bien! Ça ne guérira pas ma maladie mais cela me permettra de faire plus de chose", explique Cécilia, qui attaque sa 5e semaine.

Retrouver la confiance

Face à elle, Philippe, qui bénéficie du programme pour la deuxième année. Ce patient hypertendu raconte à Cécilia les progrès constatés: "je vois que je perds du poids et que je suis plus musclé. C’est mesuré par l’ostéodensitométrie. L’an dernier, je crois que j’avais gagné 500 grammes de muscles et perdu un kilo de graisse. C’est sérieux." Ce retraité explique que ces séances encadrées l’ont incité à poursuivre l’exercice physique en dehors de l’hôpital. 

"Je me suis même acheté un cyclorameur chez moi, et un chien pour le promener! C’est sûr qu’il faut entretenir."

"Petit à petit, les patients retrouvent la confiance, ils se permettent d’avoir une activité plus importante et tant sur le plan moral que de celui de la condition physique et in fine de la durée de vie, on a des gains sur l’ensemble de ces champs", explique Jean-François Toussaint, professeur de physiologie et cardiologue au Centre d'Investigations en Médecine du Sport de l’Hôtel-Dieu (AP-HP).

Selon l’INSERM, l’activité physique doit être prescrite systématiquement dans une dizaine de maladies dite chroniques. Elle devrait même l’être en premier recours, avant les médicaments, en cas de dépression, de diabète de type 2 ou encore d’obésité.

Margaux de Frouville