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Pourquoi le gras perturbe l’appétit

Des frites et un burger (illustration)

Des frites et un burger (illustration) - Wikimedia Commons

Des chercheurs belges, associés à une équipe française, viennent de mettre au jour le rôle d’une enzyme de l’intestin dans la régulation de l’appétit.

Votre amour des chips a peut-être trouvé son origine. Des chercheurs belges, associés notamment à une équipe française, ont acté le rôle essentiel d'une enzyme dans le mécanisme de la faim dans une étude publiée dans la revue scientifique Nature Communication.

Rebaptisée "NAPE-PLD" pour éviter son nom à rallonge "N-acyl phosphatidylethanolamine phospholipase D", cette substance produite par l’intestin est chargée de transmettre la sensation de satiété au cerveau:

"En temps normal, lorsque vous mangez des graisses, elles sont détectées par cette enzyme. Et ce sont les molécules produites par cette enzyme qui vont transmettre au cerveau le message d’arrêter de manger", explique à BFMTV Patrice Cani, professeur à l’université catholique de Louvain (UCL).

"Nous avons découvert que lorsque vous avez un régime riche en graisses en continu, l’activité de l’enzyme baisse, ce qui entraîne une altération de l’axe intestin-cerveau. On continue à manger et on perd la régulation de l’appétit", poursuit le chercheur.

C’est cette enzyme qui dysfonctionnerait chez les personnes en surpoids ou obèses. Et c’est un cercle vicieux.

Des souris incapables de s'arrêter de manger

Avec leur modèle animal, les chercheurs de l’équipe de Patrice Cani ont réalisé qu’en exposant des souris dépourvues de cette enzyme à un régime riche en gras, elles n’arrivent pas à s’arrêter de manger, et mangent donc plus que des souris normales exposées au même régime alimentaire.

Autre conséquence, les souris qui n’ont plus cette enzyme dans l’intestin développent un foie gras et deviennent obèses, encore plus que les souris normales. Elles dépensent également moins d’énergie.

"On a donc mis le doigt sur un mécanisme clé dans la régulation du métabolisme. Cela ne va pas empêcher les personnes en surpoids ou obèses de manger, mais cela permet d’expliquer pourquoi elles ont tout le temps faim, et de chercher des solutions", se félicite Patrice Cani.

Cette découverte ouvre ainsi des perspectives de traitement, à l’heure où rien qu’en France, près de la moitié des adultes sont en surpoids ou obèses. Certaines solutions sont déjà à l’étude dans des laboratoires.

"Ce mécanisme est une cible pour développer de futures interventions, notamment thérapeutiques", poursuit le chercheur.

Première possibilité: administrer aux patients les molécules produites par cette enzyme pour réduire l’appétit. Deuxième piste: activer l’enzyme pour augmenter la production des molécules, et donc ses effets. Dernière option: empêcher la dégradation de ces molécules.

"Dans le cadre de notre étude, on a notamment injecté la bactérie Akkermansia qui permet de restaurer le dialogue entre l’intestin et le cerveau. Une start-up essaye de développer cette piste. Elle espère proposer un complément alimentaire d’ici 3 ans", conclut Patrice Cani.
Margaux de Frouville