BFMTV

Pourquoi la consommation de tabac ne baisse-t-elle plus en France?

Les chiffres publiés par Santé publique France montrent que la consommation de tabac des Français repart à la hausse. Un effet auquel la crise du coronavirus ne devrait pas être étrangère.

Les Français fument-ils plus à cause de la pandémie? Les chiffres sur la consommation de tabac dans l'Hexagone publiés par Santé publique France font se poser la question. Alors que ces dernières années les Français fumaient de moins en moins, les derniers chiffres montrent non seulement une stagnation, mais un nouveau départ à la hausse avec 25,5% de fumeurs quotidiens parmi la population en 2020, contre 24% en 2019. De quoi inquiéter les experts dont Loic Josseran, président de l'Alliance contre le tabac et invité de BFMTV ce vendredi. Pour lui, impossible de ne pas voir un impact de la pandémie sur cette hausse:

"Il y a l'impact du stress ambiant de cette année: on nous a parlé de morts en permanence, de service de réanimation saturés... Tout ça entraîne une vraie difficulté et un redémarrage de la consommation (de tabac)", explique-t-il, ajoutant qu'à la crise sanitaire s'est ajoutée la crise économique qui elle aussi a créé beaucoup de stress.

Un effet de "plafond" ?

Autre chiffre qui va dans le sens de cet "effet de crise": parmi les fumeurs, 27% fument davantage depuis le premier confinement. Reste à savoir désormais si le plus difficile n'est pas encore à faire avec une sorte "d'effet plafond" où tous les fumeurs qui ont voulu arrêter l'ont fait, et où il va désormais falloir réussir à convaincre ceux qui n'en n'ont pas réellement envie.

Pour l'Alliance contre le tabac, il faut continuer dans la politique actuelle, avec une hausse du prix du tabac: "Le paquet à 10 euros ce n'est pas un objectif, c'est juste un point de passage", souligne Loic Josseran, pour qui l'enjeu de la lutte contre le tabac doit à tout prix se focaliser sur les jeunes: "Il serait absolument redoutable que le tabagisme des jeunes reparte, car les jeunes c'est ce qui va se passer demain. Si ça repart, ça repartira pour de nombreuses années."

Quant au vapotage qui fait toujours débat, et sur lequel il y a encore de nombreuses interrogations sur les effets à long terme. Loic Josseran doit reconnaître que s'il représente un moyen de sortie du tabagisme pour de nombreux consommateurs, c'est aussi chez de nombreuses personnes, et les jeunes particulièrement, une manière d'y entrer: "il n'y a pas de solutions miracles pour arrêter, en réalité il y a autant de solutions qu'il y a de fumeurs".

Les femmes davantage touchées

L'association a fait le choix d'axer l'un de ses derniers clips de sensibilisation sur la consommation de tabac chez les femmes. En mettant en avant Wendy Renard, joueuse de football vedette de l'Equipe de France et de l'Olympique Lyonnais, l'association choisit de mettre en avant un nouveau slogan "Femmes libres".

Une référence directe à une industrie du tabac qui pendant longtemps a voulu se servir de l'émancipation féminine dans un but purement marketing. Une image à effacer au plus vite pour Loic Josseran, qui rappelle qu'entre 2000 et 2015, il y a deux fois plus de femmes qui sont décédées de pathologies liées au tabac:

"Contrairement à ce qu'on a voulu faire croire depuis des années, le tabac ce n'est pas la liberté. Le tabac a créé des dictats autour de la minceur, de la féminité, qui sont en réalité une forme d'emprisonnement. On devient addict et on est prisonnier de ce produit et de sa consommation, puis derrière des maladies qui y sont liées".

Le président de l'Alliance contre le tabac rappelle également qu'aujourd'hui, un décès sur cinq des femmes de moins de 65 ans est lié au tabac, "sans parler de la contraception où tabac et pillule font très mauvais ménage".

Louis Augry