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Pourquoi l'espérance de vie est réduite dans les Hauts-de-France

Les habitants des Hauts-de-France vivent en moyenne deux ans de moins que ceux des autres régions françaises. Une discrimination qui s'explique par le difficile accès aux soins.

Ils tirent la sonnette d'alarme. Les membres de l'Académie de médecine s'inquiètent de la surmortalité des habitants des Hauts-de-France par rapport au reste du pays. Dans le Nord, l'espérance de vie est celle de la France il y a quinze ans.

Deux ans de moins de vie

Ils vivent deux ans de moins en moyenne. Les femmes vivent un peu plus de 83 ans, contre 85 ans pour le reste de la France. Quant aux hommes, c'est un peu moins de 76 ans, contre 78 ans et demi dans les autres régions. "Rien ne destine les Nordistes à mourir plus tôt que le reste de la France", dénoncent-ils.

espérance de vie
espérance de vie © BFMTV
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Un médecin généraliste de Noyelles-sous-Lens, une commune voisine de Lens, met en cause des problèmes d'addictions. "C'est probablement lié aux consommations d'alcool, de tabac. On a un taux de mortalité relativement important", assure Damien Caby à BFMTV. "La précarité, le chômage sont des facteurs prédisposant", poursuit pour BFMTV Jean-François Rault, président de l'ordre des médecins du Nord.

Dans le détail, les Hauts-de-France enregistrent 18% de cancers en plus par rapport au reste de la France, selon l'Académie de Médecine, qui pointe également le diabète et l'obésité. "Cette situation s'explique dans 80% des cas par les conditions de vie", indique l'Académie, pour qui quatre cancers sur dix sont évitables, rapporte 20 minutes.

Le difficile accès aux soins

À cela s'ajoute une autre particularité: la difficulté d'accès aux soins. "On sort d'une génération ouvrière et on s'est aperçu dans notre région que les gens, souvent, venaient voir le médecin tardivement et quelquefois trop tard", regrette Jean-François Rault.

Car encore faut-il pouvoir obtenir un rendez-vous avec un professionnel de santé. Dans la région, la densité médicale est la plus faible de France: 237 médecins pour 100.000 habitants, contre 284 dans le reste du pays.

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espérance de vie © BFMTV

"J'ai besoin d‘aller voir le dermatologue, je n'ai pas de rendez-vous avant octobre alors que c'est un problème qui est assez urgent", témoigne une jeune femme pour BFMTV. "Pour vous donner une idée, j'habite Grenay, ma gynécologue se trouve à Seclin, j'en ai pour trente-cinq minutes de route", déplore pour BFMTV une mère de famille.

Entre 30 et 50 ans pour rattraper le retard

Une situation que l'Académie de Médecine juge particulièrement préoccupante. Ses membres estiment qu'il faudra entre trente et cinquante ans pour rattraper ce retard, à condition que les acteurs publics investissent.

"Il faut investir intensément en faisant appel aux fonds privés et surtout évaluer les résultats, comme le fait l'Organisation mondiale de la santé avec ses programmes", conseille Gérard Dubois, chef de service au CHU Amiens-Picardie.

L'Académie de médecine recommande également de développer la télémédecine ainsi que les transports dans la région afin de rendre l'accès aux soins plus accessible et surtout plus rapide.

C.H.A. avec Julien Migaud-Muller