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Mort d'un nourrisson: la vitamine Uvestérol D est-elle dangereuse?

Après le décès d'un nourrisson de 10 jours à qui l'on venait d'administrer de l'Uvestérol D, cette vitamine est dans le collimateur des autorités sanitaires. La revue Prescrire alerte sur ce produit depuis plusieurs années, et précise que des malaises, plus ou moins graves, sont recensés depuis 1996.

L'Uvestérol D et sa pipette en plastique sont bien connus des jeunes parents. Ce médicament est administré aux nouveaux-nés et aux nourrissons afin de prévenir ou de soigner une carence en vitamine D, un élément nécessaire au bon développement osseux et pour lutter contre le rachitisme. Mais les autorités sanitaires auraient-elles failli à prendre en compte les risques présentés par cette vitamine très répandue? C'est le doute qui plane ce mardi, au lendemain de l'annonce du décès d'un nourrisson de 10 jours, révélé par Le Figaro lundi.

L'enfant est mort le 21 décembre par arrêt cardio-respiratoire après avoir reçu une dose d'Uvestérol D, a confirmé lundi soir l'agence du médicament (ANSM). Alors que des investigations sont en cours pour déterminer les causes du décès, l'ANSM précise dans son communiqué que "depuis 1990, date de la mise sur le marché de l'uvestérol D, aucun décès n'a été imputé à l'administration de ce produit". "Après le constat d’effets indésirables, l’Uvestérol D fait l’objet depuis 2006 d’une surveillance renforcée", ajoute cependant l'agence. Il fait aussi l’objet d’un plan de gestion des risques depuis 2011.

Plusieurs alertes

En effet, plusieurs responsables ont tenté d'alerter depuis des années sur certains effets imputés au médicament. D'après Le Monde, une dizaine de cas de malaise vagal ou de fausse route alimentaire sont signalés chaque année, "sans compter ceux qui ne sont pas signalés", précise le quotidien.

La commission nationale de pharmacovigilance, réunie sur ce point en mars 2911, constatait quant à elle 23 nouveaux cas de malaise depuis le plan de communication établi en octobre 2006 afin de prévenir les risques d'effets indésirables. D'après Le Figaro, 93 cas d'effets secondaires ont été enregistrés en 2006 et 2013. 

Plusieurs explications possibles aux malaises

Certains réclament la suspension du médicament, dans la mesure où il existe plusieurs alternatives. La revue indépendante Prescrire appelle ainsi à éviter tout bonnement l'Uvestérol pour le traitement ou la prévention de la carence en vitamine D. Elle a consacré de nombreux articles à ce médicament, et dénonçait en 2011 les "demi-mesures" prises par la Commission nationale de pharmacovigilance. "Les malaises imputables à la prise d’Uvestérol (D ou A,D,E,C) connus depuis 1996, sont parfois graves", constatait déjà la revue.

"Ces malaises évoquent parfois une fausse route, parfois un malaise vagal avec pâleur, bradycardie, pause respiratoire, hypotonie, cyanose, perte de conscience et révulsion des globes oculaires", expliquait-elle. "Le volume de la solution d’Uvestérol D administré, sa viscosité, son goût, la présence d’huile de ricin polyoxyéthylénée sont des facteurs de survenue à envisager", avançait-elle pour expliquer les malaises recensés.

Pour Le Monde, qui cite un responsable d'un centre régional de pharmacovigilance, deux mécanismes peuvent les expliquer les malaises ou décès chez des nourrissons bien portants.

"Dans le premier cas, ce qui doit aller dans l’œsophage passe dans la trachée vers les voies respiratoires. Dans le second, l’introduction d’une pipette dans la bouche d’un nouveau-né ou d’un nourrisson risque d’être un geste agressif susceptible d’entraîner par réflexe le malaise vagal", détaille le responsable. 

Le médicament administré à un enfant allongé

En mai 2014, dans un autre article, Prescrire évoquait un "cas emblématique du peu de prise de conscience du risque que représentent ces malaises provoqués par la prise d'Uvestérol".

"En 2013, en France, une mère a reçu une ordonnance préimprimée d’Uvestérol vitaminé ADEC. Ni le personnel soignant de la maternité, ni celui du service de protection maternelle et infantile (PMI), n’ont expliqué à la mère les modalités particulières d’administration, ni la possibilité de mélanger les vitamines au lait dans le biberon. La mère n’a pas lu la notice, et a administré Uvestérol vitaminé ADEC à l’enfant allongé en lui soulevant la tête et en vidant la pipette à piston de 1 ml sous sa langue", expliquait la revue. 

Après la mort du nourrisson le 21 décembre dernier, les questions se multiplient et rien ne permet pour l'instant de dire ce qui a causé la mort de l'enfant. "Est-ce que c'est un excipient particulier qui se trouve dans l’Uvestérol? Est-ce que c'est le mode d'administration, à l'aide d'une pipette? Est-ce que c’est autre chose, est-ce qu’il n’y a aucun lien?" pour Patrick Tounian, chef du service nutrition pédiatrique de l'hôpital Trousseau, à Paris, aucune évidence ne s'impose.

Choisir une autre vitamine

Interrogé sur BFMTV, le praticien a cependant insisté sur la nécessité, pour les parents, de continuer d'administrer de la vitamine D à leur enfant, en demandant à leur pédiatre de leur prescrire un médicament autre que l'Uvestérol.

"La vitamine D sert à absorber le calcium qu’on ingère et le calcium va ensuite minéraliser les os de l’organisme. Si la minéralisation se fait mal, on augmente le risque de fractures tout au long de son existence", prévient le médecin. 

Charlie Vandekerkhove