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Médicaments anti-douleur: la prescription de Tramadol bientôt mieux encadrée

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L’agence du médicament décide de réduire la durée des ordonnances du Tramadol de 12 à 3 mois. Cette mesure, applicable au 15 avril 2020, s’inscrit dans un plan plus large de lutte contre les mauvais usages des opioïdes, responsables d’addictions et d’overdoses.

Tramadol. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, dans une enquête de 2018, c’est la première molécule opioïde citée dans la population générale et chez les usagers de drogue pour traiter la douleur. A compter du 15 avril prochain, la durée maximale de l’ordonnance qui permet d’en obtenir sera réduite de 12 à 3 mois, pour limiter les mauvais usage et les risques de dépendance.

"C’est une première mesure non contraignante qui va permettre de communiquer auprès des professionnels de santé et des patients. Il n’est aucunement question d’interdire l’utilisation du Tramadol. Ce que l’on souhaite, c’est éviter le mésusage, c’est-à-dire que les patients utilisent ces médicaments sans aucune évaluation de la part du médecin", nous explique Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiants, à l’ANSM, agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé.

"Pas quelque chose d’anodin"

Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par Tramadol - destiné en principe à "traiter les douleurs modérées à intenses, mais pas dans le traitement de la migraine" selon l’ANSM -, nécessitera une nouvelle ordonnance. Et donc un nouveau rendez-vous chez un médecin.

"C’est une bonne décision, même si la majorité des médecins ne prescrit déjà pas au-delà de 3 mois", réagit le docteur Jacques Battistoni. Le président de MG France, premier syndicat de médecins généralistes, poursuit:

"Cela permettra de dire aux gens, aux médecins et à leurs patients que la prescription d’opioïdes et notamment de Tramadol n’est pas quelque chose d’anodin. Il y a deux sortes de problèmes posés par ces médicaments à long terme: la tolérance par le patient, et le risque d’accoutumance".

Premier antalgique impliqué dans les décès

Globalement, cette limitation de durée des ordonnances de Tramadol s’inscrit dans un plan plus large de lutte contre les addictions aux opioïdes, après les ravages constatés aux Etats-Unis. En 2017, 47.000 Américains sont morts d’une overdose liée à une consommation d’opiacés.

Loin de cette gravité, la situation française reste suivie de près: selon une enquête de 2017, le Tramadol est le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise de cette famille de médicaments, devant la morphine. C’est aussi le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine, comme le rapportent des données de 2018.

Une addiction chez certaines personnes

"On sait qu’il y a des personnes qui prennent bien leur traitement et d’autres qui arrivent bien avant la date prévue de renouvellement donc on voit bien qu’il il y a une addiction chez certaines personnes. Elles nous le disent aussi, qu’elles ressentent certains symptômes qu’elles n’avaient pas au préalable et qu’il y a une nécessité pour elles de reprendre ce médicament", raconte Luynes Meddour, pharmacien à Paris.

Pour limiter les risques, l’ANSM rappelle donc aux professionnels de santé de prescrire cette molécule "pendant la durée la plus courte possible". "Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement", ajoute l’autorité sanitaire.

la liste des médicaments concernés par cette mesure:

  • Tramadol seul:

BIODALGIC, CONTRAMAL, MONOALGIC, MONOCRIXO, OROZAMUDOL, TAKADOL, TOPALGIC, ZAMUDOL, ZUMALGIC et TRAMADOL GENERIQUES.

  • En association avec du paracétamol:

IXPRIM, ZALDIAR, TRAMADOL/PARACETAMOL GENERIQUES.

  • En association avec du dexkétoprofène:

SKUDEXUM.

Margaux de Frouville