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Maladie de Crohn: une intoxication alimentaire augmente le risque

Près de 40% de patients concernés par la maladie de Crohn présentent une surpopulation de bactéries E. coli nommée AIEC (pour Adherent-Invasive Escherichia coli).

Près de 40% de patients concernés par la maladie de Crohn présentent une surpopulation de bactéries E. coli nommée AIEC (pour Adherent-Invasive Escherichia coli). - iStock

Des chercheurs ont découvert un nouveau facteur de risque de la maladie de Crohn. A la suite d'une gastro-entérite causée par une intoxication alimentaire, l'intestin est anormalement colonisé par des bactéries pathogènes Escherichia coli connues pour favoriser son développement.

La maladie de Crohn est une pathologie inflammatoire chronique de l'intestin due à une réaction immunitaire exacerbée contre des bactéries de la flore intestinale. Une prédisposition génétique constitue la principale raison de ce dérèglement, mais la composition de la flore intestinale semble également participer à la survenue de la maladie.

Ainsi, les personnes qui conservent une bactérie particulièrement pathogène dans leur intestin, une souche d’Escherichia. coli nommée AIEC (pour Adherent-invasive Escherichia coli), connaissent un risque accru de la développer. Identifiée à la fin des années 90, cette souche serait présente chez au moins 40% des patients atteints de la maladie de Crohn.

Ces bactéries ont la capacité de traverser le mucus qui tapisse la paroi intestinale, qui constitue pourtant une barrière de protection, et d'envahir les cellules qui constituent cette paroi. Cela provoque une réaction immunitaire forte ainsi qu’une inflammation exacerbée qui contribue aux symptômes de la maladie. Des chercheurs de l'université McMaster (Canada) ont mis à jour un nouveau facteur de risque lié au développement de cette bactérie, et donc de la maladie de Crohn.

Renforcer le diagnostic après une intoxication alimentaire

Chez des souris, ils ont découvert qu'une gastro-entérite causée par des bactéries responsables d'intoxications alimentaires accélère la croissance de cette bactérie invasive. Même si les souris éliminent les bactéries responsables de l'intoxication alimentaire, les chercheurs ont observé que la bactérie AIEC demeure dans l'intestin à des niveaux élevés.

Une découverte qui a son importance puisque cet événement peut conduire à une survenue de la maladie de Crohn mais aussi à une aggravation de ses symptômes sur une longue période, ce qui n'est pas sans risque pour le malade.

"Il s'agit d'une maladie chronique qui frappe souvent les gens dans leurs premières années, ce qui conduit à des décennies de souffrance, un risque accru de cancer colorectal et un risque accru de décès prématuré", souligne le Pr Brian Coombes, auteur principal de l'étude publiée dans la revue PLOS Pathogens.

Des conclusions qui seraient utiles pour développer de nouveaux outils de diagnostic. Ces derniers seraient notamment destinés à identifier les personnes qui pourraient être à risque de développer une maladie de Crohn à la suite d'un épisode de gastro-entérite infectieuse. "Nous avons besoin de comprendre les origines de cette maladie et d'utiliser cette information pour renforcer le panel de traitements et de moyens de prévention", conclut le Pr Brian Coombes.

Ce n'est pas la première fois que la nécessité d'agir contre les AIEC pour éviter la survenue de la maladie de Crohn est mis en avant. En 2016, des chercheurs de l'Inserm* ont trouvé un mécanisme pour se défendre contre ces dernières et limiter l'inflammation intestinale: augmenter la réponse autophagique des cellules épithéliales intestinales, c'est-à-dire repérer la bactérie pathogène qui s’est introduite, l’isoler et la dégrader.

*Institut national de la santé et de la recherche médicale 

Alexandra Bresson