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Les pratiques douteuses de l'industrie du tabac dénoncées

Les méthodes des industriels du tabac sont pointées du doigt par le CNCT

Les méthodes des industriels du tabac sont pointées du doigt par le CNCT - -

Parmi les méthodes les plus courantes utilisées en France par les fabricants de tabac, une étude mentionne les invitations de responsables politiques et de hauts fonctionnaires au restaurant ou à divers évènements comme Roland-Garros.

Invitations, instrumentalisation des buralistes, désinformation... les pratiques d'ingérence de l'industrie du tabac dans les politiques publiques sont dénoncées ce jeudi par le Comité national contre le tabagisme (CNCT).

"Il y a une vraie stratégie agressive de l'industrie du tabac pour lutter contre les mesures de lutte contre le tabagisme qui explique les mauvais résultats de cette politique en France", résume le Pr Yves Martinet, président du CNCT.

Parmi les méthodes les plus courantes utilisées en France par les fabricants de tabac, le texte mentionne les invitations de responsables politiques et de hauts fonctionnaires au restaurant ou à divers évènements, Roland-Garros par exemple. A l'image de ce déjeuner de politiques, sur l'invitation de British American Tobacco, qui avait fait l'effet d'une bombe. Mais il dénonce également "l'instrumentalisation" des 28.000 buralistes qui permet à l'industrie du tabac de ne plus apparaître sur le devant de la scène "mais de faire défendre ses intérêts par la Confédération des buralistes".

Une industrie qui diffuse des "idées fausses"

Une autre technique consiste à "téléguider" des parlementaires pour qu'ils écrivent des rapports ou lancent des initiatives afin d'atténuer les mesures anti-tabac.

Les cigarettiers ont pour leur part recours au "blanchiment moral" qui consiste à financer des recherches, voire des instituts, comme c'est le cas, précise le Pr Martinet, pour l'Institut du cerveau et la moelle épinière à Paris, financé par Philip Morris.

Mais ils utilisent également la "désinformation" par le biais de think tanks qui véhiculent des "idées fausses": le président du CNCT cite l'exemple de la mise en place du paquet de cigarettes neutre "qui faciliterait la contrebande, ce qui n'est pas prouvé". L'industrie du tabac fait également régulièrement "l'amalgame" entre la contrefaçon, la contrebande et les achats transfrontaliers de cigarettes pour affirmer que 20% des ventes de cigarettes en France sont "illicites", "alors que ce taux ne dépasse pas 5%".

Un cordon avec Bercy et les buralistes

Pour le Pr Martinet, "tant que le cordon entre l'industrie du tabac et les buralistes, mais aussi avec Bercy, ne sera pas coupé, la lutte contre le tabagisme ne pourra pas avancer".

Il dénonce également l'autorisation donnée par les autorités aux buralistes de vendre une sorte de cigarette électronique qui vaporise du vrai tabac, sans concertation avec les acteurs de la lutte anti-tabac. Le cigarettier Japan Tobacco International (Camel, Winston) a lancé ce nouveau produit nommé "Ploom", déjà en vente dans plusieurs pays, chez les buralistes français le 15 avril.

A dix jours de la Journée mondiale sans tabac (31 mai), le CNCT publie les premiers résultats d'un rapport de 450 pages réalisé en partenariat avec la revue 60 millions de consommateurs et avec le soutien financier de l'Institut national du cancer (INCa) et de la Direction générale de la santé (DGS). L'étude sera publiée intégralement fin juin.

A. D. avec AFP