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Les médecins divisés sur la levée du port du masque dans les écoles des départements les moins touchés

Le gouvernement a décidé de lever l'obligation du port du masque pour les écoliers dans les départements où l'épidémie de Covid-19 circule le moins. Une décision qui divise le corps médical.

Pour certains, c'est prématuré. Pour d'autres, une bonne nouvelle. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé ce mercredi la levée, à compter du lundi 4 octobre, de l'obligation du port du masque dans les écoles primaires des départements où le taux d'incidence est inférieur à 50, et ce pendant au moins cinq jours.

Mais cet allègement divise autant les syndicats que le corps médical. Si tous s'accordent pour dire que la mesure devra s'accompagner d'un effort de la vaccination chez les populations adultes, certains n'hésitent pas à exprimer leur méfiance. Pour le microbiologiste et membre de l'Académie de médecine Patrick Berche par exemple, la décision du gouvernement n'intervient pas au meilleur des moments:

"À mon sens il faut attendre pour prendre de grandes décisions, qu'il n'y ait pas de reprise épidémique en octobre ou en novembre", prévient-il. "Les prévisionnistes de l'institut Pasteur ont cette position que je partage: soyons très prudents avec le relâchement, car on a déjà donné en juin 2020 et en juin 2021, et on a vu des reprises épidémiques très importantes."

Des adultes et enseignants "parfaitement vaccinés", condition sine qua non

Le microbiologiste rappelle également que "presque 20% de la population" n'est toujours pas vaccinée. Car aujourd'hui la question est bien là: un relâchement chez les enfants ne permettrait-il pas au virus de continuer à circuler, en contaminant les personnes plus âgées au sein des familles?

Pour Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation à l'hôpital Lariboisière à Paris, le risque d'une reprise épidémique "existe", notamment avec le refroidissement des températures. Mais pour lui, la mesure est logique, si elle se fait dans les bonnes conditions:

"C'est une mesure qui se comprend si on se retrouve avec une circulation faible du virus et notamment si les enfants évoluent dans un milieu où les enseignants et les adultes qui les entourent sont parfaitement vaccinés. C'est dans ce cadre là qu'on peut attendre qu'une telle mesure ne soit pas à l'origine d'une reprise de l'épidémie" affirme-t-il.

Le masque, un frein pour l'apprentissage?

Bruno Mégarbane rappelle également que cette mesure a été prise, aussi, pour alléger l'impact du masque sur l'éducation des enfants. Un point que soulignent de nombreux pédiatres qui voient dans le masque un obstacle au bon apprentissage des écoliers.

Parmi eux, Christophe Batard, pédiatre à Vincennes (Val-de-Marne) et membre de l'Association française de pédiatrie. Si pour lui, la mesure gouvernementale est une bonne nouvelle, elle devra s'accompagner de tests utilisés massivement dans les écoles:

"On va enlever le masque, donc on pourra mieux apprendre à lire, mieux apprendre à écrire, mieux entendre ce que dit la maîtresse. Ce sera mieux pour nos enfants que l'on a vraiment envie de libérer de ce masque", assure-t-il, avant de rappeler: "Mais comme on le sait depuis quelques mois, plus les adultes sont vaccinés, plus la Covid a tendance à se reporter sur les populations qui ne sont pas vaccinées, les moins protégées. Donc on va continuer à tester nos enfants pour savoir si on découvre des choses.

Le pédiatre affirme que de nouveaux auto-tests plus simples d'utilisation et moins désagréables pour l'enfant sont actuellement en train d'être développés par différents services de pédiatrie. Une solution, peut-être, pour éviter la reprise épidémique que certains redoutent avec cet allègement.

Louis Augry