BFMTV

Les fruits et légumes qui font exploser le compteur de pesticides

S'appuyant sur les données de la Répression des fraudes, un rapport de l'association Générations Futures révèle que trois quarts des fruits et 40% des légumes analysés présentent des traces de pesticides.

Est-il vraiment sain de manger cinq fruits et légumes par jour? Pas quand ceux-ci sont truffés de pesticides, comme le révèle un rapport dévoilé ce mardi par l'association Générations Futures, réalisé à partir des données de la répression des fraudes (DGCCRF) entre 2012 et 2016.

L'association a sélectionné 19 fruits et 33 légumes, non bio et pour lesquels les échantillons étaient assez représentatifs, et relevé pour chaque la proportion d'échantillons présentant des résidus de pesticides.

Les conclusions sont alarmantes: près de trois quarts (72,6%) des fruits étudiés en contenaient, contre plus de 40% des légumes. Pour 2,7% des fruits incriminés et 3,5% des légumes, les résidus de pesticides étaient même supérieurs aux limites autorisées.

Les fruits particulièrement touchés

En tête des fruits concernés, les raisins, dont 89% des échantillons en moyenne présentaient des marques de pesticides. Les clémentines ou mandarines et cerises sont juste derrière, avec 88,4% et 87,7%. Attention particulièrement aux cerises, mangues et papayes qui sont les plus concernées par le dépassement des limites maximales (respectivement 6,6% des échantillons et 4,8% pour les deux dernières).

Près de 80% des pommes étudiées présentaient aussi des traces de pesticides, peut-on lire dans Le Parisien, qui précise qu'en 2015, les champs de pommiers ont reçu en moyenne plus de 36 traitements.

Pour éviter les pesticides, il faudrait donc préférer les mirabelles (34,8% d'échantillons contaminés), les kiwis (27,1%) et les avocats (23,1%), poursuit le quotidien.

Gommette rouge pour le céleri branche

Même si les taux constatés sont plus faibles, les légumes ne sont pas en reste. Le céleri branche se place en tête de podium, avec 84,6% d'échantillons présentant des traces de pesticides. Viennent ensuite les herbes fraîches (74,5%), utilisées pour cuisiner, dont près d'un tiers des spécimens étudiés dépassent les valeurs autorisées. Pour le céleri branche, cette proportion s'élève à 16%. Plus de 70% des endives étudiées étaient également contaminés par les pesticides.

Certains légumes sont toutefois très peu concernés par les traces de produits chimiques. C'est le cas des ignames (3,3%), des asperges (3,2%) et du maïs doux (1,9%).

A noter que tous les fruits ne sont pas égaux devant les pesticides.

"D'une espèce à l'autre, et même parfois d'une variété à l'autre, les fruits ont une capacité différente à éliminer les résidus de pesticides", précise ainsi dans les colonnes du Parisien le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), Luc Barbier.

Pourtant, la réalité pourrait être plus inquiétante encore. Les données de la DGCCRF portent uniquement sur les résidus quantifiés et pas sur les résidus détectés mais non quantifiables, ce qui fait dire à Générations Futures que "les résultats présentés ignorent une partie des résidus réellement présents".

Un plan d'action pour réduire les phytopharmaceutiques

"Globalement, ça souligne l'urgence d'agir pour vraiment réduire l'usage des pesticides en agriculture puisque ce n'est pas notre sens normal. Il faut consommer des fruits et légumes, mais ce serait quand même mieux de les consommer sans résidus de pesticides", constate sur notre antenne François Veillerette, président de l'association de défense de l'environnement.

Le gouvernement a prévu un plan d'action pour réduire les produits phytopharmaceutiques dans l'agriculture, après l'échec d'une première série de mesures.

Des producteurs maraîchers et arboriculteurs veulent lancer de leur côté un label "zéro résidu de pesticides", différent du bio. Chaque produit ne pourra pas présenter plus de 0,01 mg de pesticide au kilo.

Pour Générations Futures, cette solution n'est pas satisfaisante car "ces offres ne garantissent pas une absence d'utilisation de pesticides" et elles ne "suppriment pas les pollutions environnementales".

Liv Audigane, avec Cécile Costes et AFP