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Les enfants sont-ils vraiment des porteurs sains du coronavirus? Ce que l'on sait à l'heure actuelle

Des enfants - Image d'illustration

Des enfants - Image d'illustration - AFP

Les adolescents et très jeunes enfants ne représentent qu'une très faible part des patients atteints du Covid-19. Une spécificité qui questionne le corps médical.

C'est l'un des points d'interrogation majeurs depuis le début de la pandémie du coronavirus. Avant même l'annonce ce lundi, par Emmanuel Macron, de la réouverture programmée le 11 mai prochain des crèches, écoles, collèges et lycées, le sujet du Covid-19 chez les plus jeunes divise le corps médical.

Une chose est sûre: jusqu'à maintenant, les cas graves chez les moins de 20 ans restent marginaux et, parmi les rares cas létaux, certains jeunes patients souffraient déjà de comorbidités. Toutefois, ces statistiques pas que le coronavirus ne se transmet pas du tout chez les enfants, soulignait mi-mars Alain Ducardonnet, cardiologue et consultant santé de BFMTV. Mais certains scientifiques remettent depuis en question la thèse selon laquelle les enfants sont pour la plupart des porteurs sains du virus.

  • Ils ne représentent qu'une petite partie des patients

Selon les résultats de premiers travaux dont les conclusions ont été publiées sur le site de la Société française de pédiatrie, seuls 1 à 2% des contaminés concernaient des cas pédiatriques. Le dernier bilan épidémiologique de Santé publique France, basé sur des données du 7 avril, ne faisait état que de 110 hospitalisations d'enfants de moins de 15 ans, sur un total de près de 30.000 patients. Et ils étaient seulement 15 dans cette classe d'âge à être admis en réanimation sur 2087 personnes au total.

Pour autant, certains spécialistes l'affirment, ces chiffres pourraient bien être sous évalués.

"La consigne est de ne collecter que les cas qui ont été prélevés et les cas hospitalisés: il y a donc un biais lié aux indications de prélèvements", explique Etienne Javouhey, président du Groupe francophone de réanimation et d’urgences pédiatrique
  • Ils seraient moins contaminés que les adultes

Les enfants sont-ils des porteurs sains, comme on l'a imaginé au début de l'épidémie? Afin de limiter le biais lié aux prélèvements, plusieurs études ont déjà été lancées. Parmi elles, celle dirigée par le Professeur Robert Cohen, président de la Société française de pédiatrie. Cette dernière, débutée ce mardi, devrait concerner 600 enfants originaires de la région Île-de-France dont une partie a des symptômes de coronavirus, et l'autre non. Ils seront testés par des pédiatres de ville.

Invité ce jeudi matin sur BFMTV et RMC, ce dernier détaille l'importance de tels travaux. 

"On était partis avec l’idée que comme beaucoup de virus respiratoires, les enfants portaient plus de virus que les autres. On a eu des premiers résultats discordants. [...] On aimerait savoir quel est le taux d’enfants qui portent le virus? Quel est le taux d’enfants qui a déjà été contaminé?", détaille-t-il.

Pour Robert Cohen, cette étude, dont les premiers résultats seront connus d'ici quelques semaines, a une importance capitale. 

"On a commencé à faire des tests PCR, on s'attendait à des enfants positifs. Or, en comparant avec l'adulte, on a eu 3 à 5 fois moins d'enfants contaminés."
  • Ils semblent moins contagieux

Dans Le Parisien, Robert Cohen indique que les données que son étude va recueillir seront "capitales". "Cela donnera une idée du pourcentage d'enfants contaminés et la répercussion que cela peut avoir sur les adultes", expliquait-il. Pour l'instant, "on s'est rendu compte que les adultes contaminaient plus les enfants que l'inverse. Ils sont moins souvent malades, et moins gravement", a-t-il détaillé sur BFMTV-RMC.

Les enfants "contribuent relativement peu à la dynamique de l’épidémie", abonde le docteur Pascal Crépey, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l'école des Hautes études en santé publique de Rennes, auprès de France Info

"L’argument initial sur les enfants, c’était que ce coronavirus se comportait un peu comme une grippe", explique-t-il. Et on sait que les enfants sont de forts transmetteurs de ce genre de virus respiratoires tels que la grippe. On s’aperçoit maintenant que ce coronavirus ne se comporte pas exactement de la même façon."

Comme exemple, Robert Cohen reprenait le cas de cet écolier anglais qui, au début de la propagation de l'épidémie en France, avait été à l'école à Lyon. "Il a rencontré une cinquantaine d'enfants sans les contaminer. C'était un petit signe", souligne-t-il. 

  • Les raisons de leur immunité restent mystérieuses

"Les enfants sont moins souvent contaminés, ils tombent moins malades et moins gravement malades", résume Robert Cohen.

"Des spécialistes expliquent qu'ils ont l'habitude, du fait des vaccinations, et des petites infections répétitives dans la cour de récréation, et ont un système immunitaire beaucoup plus performant. Deuxième aspect, le système pulmonaire chez les plus jeunes n'est pas entièrement finalisé et ne permet pas au virus de pénétrer (leur organisme, ndlr)", développait de son côté Alain Ducardonnet. 

En réalité, on ne sait que très peu de choses de l'effet du coronavirus chez les plus jeunes, admettent les professionnels. "Je n’ai aucune explication crédible à donner concernant les décès des jeunes patients", admet par exemple, auprès du Monde, Michel Carles, chef du service de réanimation du CHU de la Guadeloupe. 

Les recherches se poursuivent afin de comprendre ce phénomène. Selon Etienne Javouhey, l'une des pistes à suivre en priorité serait en effet la construction du système immunitaire de l'enfant qui "produit des interférons (des protéines) pour se défendre et lutter contre le SARS-CoV-2 de façon plus importante que celui de l’adulte", conclut-il auprès du quotidien du soir.

Hugo Septier