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"Les biologistes sont épuisés": pourquoi autant d'attente pour réaliser un test Covid?

Une infirmière pose avec un écouvillon de test dans un centre de test à l'aéroport de JFK à New York, le 29 juin 2020.

Une infirmière pose avec un écouvillon de test dans un centre de test à l'aéroport de JFK à New York, le 29 juin 2020. - Johannes EISELE © 2019 AFP

Manque de personnel, de zones de dépistage, de lieux d'analyse... Si des centaines de milliers de tests sont disponibles, dans certaines régions, il faut d'abord réussir à obtenir un rendez-vous.

Plusieurs heures de queue, pas de rendez-vous avant plusieurs jours... L'attente peut-être longue, notamment en Ile-de-France, pour faire et obtenir les résultats d'un test PCR - destiné à déterminer si on est ou non infecté au coronavirus.

Alors que l'épidémie donne des signes de regain dans certaines zones, des campagnes massives de tests ont été lancées pour évaluer la contamination de la zone, et retrouver les cas contacts afin de limiter la propagation du Covid-19.

Environ 350.000 tests sont réalisés chaque semaine en France selon le syndicat des biologistes, et le ministère de la Santé a annoncé vouloir les amplifier tout l'été. Mais laboratoires et hôpitaux ne sont pas partout prêts à supporter un afflux de patients.

Sans organisation "on ira à la catastrophe"

Car en plus des campagnes de dépistages en masse, comme en Mayenne ou dans 32 communes d'Île-de-France, les activités des Français ont repris. Les rendez-vous chirurgicaux ont recommencé, et un test est nécessaire avant de s'y rendre. De plus, dans un autre registre, des compagnies aériennes demandent à leurs clients de faire un dépistage avant de prendre un vol.

"S'il apparait des clusters énormes partout, on va avoir une difficulté majeure à prendre en compte tous ces Français", explique vendredi sur BFMTV François Blanchecotte, président du syndicat des biologistes. "65 millions de Français à dépister, ça va être mission impossible si on n'étale pas cette demande. Si on n'a pas des choses faites de façon précise et organisée, on ira à la catastrophe".

Or, "plus les délais seront brefs, et plus on pourra prendre des mesures de contrôle tôt puisque on va pouvoir isoler efficacement les personnes positives", souligne sur BFMTV Yves Buisson, épidémiologiste et président du groupe Covid-19 à l'académie nationale de médecine. En ce sens, l'intérêt du dépistage est important.

"Il faut des gens pour tester"

Mais "il faut des gens pour tester", rappelle vendredi sur BFMTV Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). "Dans mon hôpital, on manque d'infirmières, je ne peux pas tester les gens qui viennent me consulter", explique-t-il.

Il les renvoie alors vers les laboratoires, "où je sais qu'ils vont attendre, que c'est parfois sur rendez-vous, ils n'auront peut-être pas les résultats du test avant 48h, 72h, parfois plus longtemps", continue Eric Caumes
"Les biologistes sont complètement épuisés par cette charge de travail très importante", déclare à BFMTV Emmanuel Mselati, biologiste à Paris. "On a besoin d'étudiants en médecine, de jeunes qui viennent nous aider pour répondre au téléphone, pour renseigner les patients."

François Blanchecotte rappelle que depuis plusieurs jours, les techniciens en laboratoires et les pompiers peuvent prélever, ce qui allège quelque peu la charge sur le personnel soignant, "ce sont des éléments qui nous permettent aujourd'hui d'avoir plus de préleveurs". Les pharmacies ont également été autorisées à réaliser des tests rapides pour savoir, en quelques minutes, si l'on a fabriqué des anticorps et donc été exposé au nouveau coronavirus.

Le biologiste pousse aussi pour la multiplication du nombre de lieux de prélèvements.

"Tous les laboratoires ne sont pas équipés pour faire ces tests PCR qui nécessitent une sécurité biologique de niveau 3" rappelle Yves Buisson. "Il y a quand même des facteurs limitants qui expliquent qu'on ne peut pas réduire autant qu'on le voudrait le délais de réponse de ces tests de détection".

Faire des choix sur les personnes testées

Les scientifiques interrogés proposent plusieurs solutions pour limiter la surcharge de visites tout en maintenant l'efficience de la politique des dépistages. "Quand une personne a des symptômes il faut quand même essayer de la prioriser", notamment pour "étudier les cas qu'il y a autour d'elle", en cas de résultat positif, explique François Blanchecotte.

De plus, selon Yves Buisson, les personnes qui ont des symptômes "je crois qu'il faut qu'elles se confinent, même si le résultat n'est pas immédiat, même si elles doivent attendre deux ou trois jours pour avoir leurs résultats", afin de limiter de potentielles contaminations.

"Si vous faites un test un jour, ça ne veut pas dire que 15 jours plus tard vous ne serez pas en contact avec une personne positive", rappelle toutefois François Blanchecotte. Il ne faut donc pas oublier de respecter les distanciations sociales, les gestes barrières, et "le port du masque est essentiel", appuie le biologiste.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV