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Tests PCR: sur-stockage, date de péremption, pénurie... La délicate gestion des stocks

Test PCR (image d'illustration)

Test PCR (image d'illustration) - AFP

Les laboratoires d'analyse ont fait des stocks importants de tests RT-PCR pour l'après-confinement. Mais faute de demande, beaucoup de ces équipements sont toujours dans leur frigo. Dans le même temps, certains laboratoires redoutent une pénurie.

C'était le 28 avril dernier. A quelques jours d'un début de déconfinement, le gouvernement mettait l'accent sur des tests massifs pour lutter contre une reprise de l'épidémie de coronavirus. L'ambition affichée était alors de 700.000 tests par semaine à partir du 11 mai afin de détecter et d'isoler le plus rapidement possible les individus porteurs du virus.

Plus de deux mois après cette annonce, force est de constater que l'objectif est loin d'être atteint, avec par exemple pour la deuxième semaine après le déconfinement 239.584 tests réalisés et 233.865 pour la dernière semaine connue du 15 au 21 juin, selon les données de Santé Publique France. Les chiffres récents sur l'épidémie - 0,5% des passages aux urgences mardi étaient liés à une suspicion de Covid-19, contre 3% pour la semaine du 10 au 17 mai - laissent apercevoir une décrue avec une nécessité de tester de plus en plus faible. Par ailleurs, le nombre de nouveaux cas a été bien moindre que celui anticipé par les autorités, qui tablaient sur 4.000 nouveaux cas par jour.

Des achats massifs de tests

La faute à un manque de tests? Loin de là. Aujourd'hui, il y a largement assez de tests RT-PCR, qui détectent si l'individu est porteur du virus, dans les laboratoires français. Assez de tests, voire trop. "Nous avons connu une pression pour que l'on achète des tests, explique François Blanchecotte, président national du Syndicat des biologistes. Aujourd'hui, nous sommes dans une situation de surstockage, nous avons trop de tests dans nos frigos." Des stocks importants car réalisés sur "la base d'un calcul qui est mauvais aujourd'hui", note Arthur Clément, membre du Syndicat des jeunes biologistes médicaux.

Ces stocks représentent des pertes sèches pour les laboratoires. "Il y a eu une demande mondiale énorme, et les laboratoires se sont battus pour en obtenir" pour répondre aux exigences des autorités, rappelle ce co-dirigeant d'un laboratoire dans les environs de Rennes. Au matériel de prélèvement écoutillon, housse de transport et protection pour réaliser le prélèvement, il faut ajouter le réactif, c'est-à-dire la substance qui permet de révéler la présence ou non du virus, mais aussi la machine qui réalise les tests. Le tout acheté à l'étranger.

"Un matériel onéreux et important", note le biologiste.

Des tests bientôt périmés

Alors qu'une incertitude demeure sur une potentielle deuxième vague à l'automne, cette perte est particulièrement redoutée et de nombreux laboratoires déplorent qu'une partie de ces stocks non utilisés sera bientôt périmée. La faute au réactif, produit avant l'épidémie, et dont la date de péremption est assez courte. Par exemple, le groupe Unilians, qui rassemble 41 laboratoires dans la région Rhône-Alpes, redoute une perte de 700.000 euros, avec 40.000 tests inutilisables, a-t-il fait savoir auprès de France Bleu.

"Le marché mondial a mis en vente plusieurs séries de lots de ces tests RT-PCR, détaille François Blanchecotte. Des laboratoires ont donc acheté des fins de séries." Ces tests seront donc périmés dès le mois d'août. D'autres sont valables jusqu'en mai 2021, et seront donc suffisants en cas de reprise de l'épidémie.

Plusieurs solutions sont envisagées pour limiter les pertes. "Nous pouvons nous dépanner mais nous ne pouvons pas faire de vente", rappelle le biologiste breton. L'objectif est donc, pour les revendre, de viser le marché mondial. "L’État ne s’oppose pas, pour le moment, à une remise en circulation des tests excédentaires", a répondu à La Croix la Direction générale de la Santé.

Des laboratoires en situation de pénurie

Alors qu'une campagne massive a débuté cette semaine dans 32 communes d'Ile-de-France pour identifier les clusters dormants, avec pour projet de tester 1,3 million de personnes, des laboratoires vont également redistribuer leur stock à leurs collègues de la région. A cela s'ajoutent les nouvelles indications données aux laboratoires, qui doivent désormais tester les patients pré-opératoires, les professionnels de santé ou encore les personnes qui partent en voyage dans les DOM-TOM ou à l'étranger, selon les consignes des pays. De nouvelles missions pour ces laboratoires largement sollicités depuis le début de la crise.

Cette situation de "surstockage" est pourtant loin d'être une réalité pour tous les laboratoires. "De grands groupements de laboratoires, pour minimiser les risques, se sont fournis auprès de différents fournisseurs afin d'anticiper [leur stock de tests], relève Arthur Clément. A l'inverse, les plus petits laboratoires n'ont pas pu avoir le volume suffisant et doivent désormais sous-traiter ces tests." Des laboratoires qui sont aujourd'hui en pénurie de tests PCR. Mais le biologiste parisien l'assure: "à l'échelle nationale, les laboratoires ont répondu avec efficacité à la gestion de la crise pendant et après le confinement". "Ils continueront à maintenir la lutte contre l'épidémie et à tester massivement", conclut-il.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV