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"Identifier les clusters dormants": la stratégie du gouvernement face à une éventuelle seconde vague

Le ministre de la Santé Olivier Véran, à l'Assemblée nationale le 17 juin 2020

Le ministre de la Santé Olivier Véran, à l'Assemblée nationale le 17 juin 2020 - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

Le ministre estime qu'il faut "préparer le pays" à toutes les hypothèses épidémiques en privilégiant le recours au dépistage pour endiguer la propagation du Covid-19.

Comment faire face à une éventuelle seconde vague épidémique, après le pic qu'a connu la France aux mois de mars et avril? Si la communauté scientifique se montre divisée quant à la probabilité ou non d'un tel retour en force du virus, Olivier Véran indique devoir "préparer le pays à toutes ces hypothèses", dans une interview au Monde publiée ce jeudi.

Pour parer à ce scénario, le ministre des Solidarités et de la Santé déclare miser sur une politique de tests massive afin de traquer le virus. "Cette semaine encore, environ 250.000 tests ont été réalisés, environ 99% d'entre eux sont négatifs, ce qui montre qu'on cherche large", indique-t-il.

"Nous organisons des dépistages systématiques, des 'barnums', dans les communes où le virus circule même de façon minime. Chacun peut s'y présenter et bénéficier de ce dépistage", détaille l'ancien député socialiste.

Des "opérations de dépistage ciblées" sont également effectuées, notamment dans les abattoirs, qui se sont révélés être des lieux propices à la transmission du virus - en Allemagne, plus de 600.000 habitants de deux cantons ont ainsi été reconfinés après l'apparition d'un foyer de contamination sur un tel site.

Dépistage ciblé

En application de cette politique de tests déjà en place, Olivier Véran annonce également "une campagne de très grande ampleur" adressée à tous les habitants de certains territoires, à commencer par la région parisienne.

"Près de 1,3 million de personnes vivant dans trente communes d'Île-de-France vont ainsi recevoir des 'bons' de l'Assurance maladie leur proposant d'aller faire un test virologique dans n'importe quel laboratoire public ou privé, même s'ils n'ont pas de symptômes", déclare le ministre.

"L'objectif est d'identifier les éventuels clusters dormants, c'est-à-dire des foyers invisibles de personnes asymptomatiques", poursuit-il, sans lister précisément les communes concernées.

Ces endroits seront ceux qui se trouvent "à proximité de clusters identifiés". "On est pour l'instant au stade de l'expérimentation pour regarder si cela correspond à un souhait des Français. Cette expérimentation pourra ensuite être étendue à d'autres régions" si elle se révèle fructueuse et efficace.

Renforcement des moyens hospitaliers

Alors que les capacités hospitalières ont été à flux tendu au cours de la première vague épidémique, Olivier Véran indique que le renforcement de ces dernières est un "des autres volets" de la stratégie de l'exécutif.

"Nous avons acquis de nombreux respirateurs, nous consolidons un stock national de médicaments de réanimation et, d'ici à la fin de l'été, nous aurons plus de médicaments en stock que ce que nous avons utilisé au cours de la première vague", a détaillé le ministre.

Quant au nombre de lits en réanimation, Olivier Véran souligne que la capacité a été augmentée de 5000 à 9000 au plus fort de la crise sanitaire, et qu'elle sera encore renfrocée:

"Pour la suite, et afin de parer à toutes les éventualités dans le cas d'une deuxième vague à l'automne, nous avons décidé d'être en mesure d'armer a minima 12.000 lits de réanimation dans les hôpitaux et d'admettre 30.000 malades en réanimation."

"Nous n'en avons pas terminé avec le virus"

La politique de tests a été l'une des principales armes du gouvernement lors du déconfinement afin d'endiguer l'épidémie. En présentant le plan de déconfinement de la population, intervenu le 11 mai, Olivier Véran avait estimé les besoins en nombre de tests à 700.000 par semaine et déclaré que la France était "prête pour tester massivement".

Le 8 juin, lors d'une visite dans un centre de dépistage à Argenteuil (Val-d'Oise), le successeur d'Agnès Buzyn avait précisé que ces 700.000 tests théoriquement disponibles chaque semaine n'étaient pas effectués, "car le virus circule très peu". "Il y a quelques centaines de diagnostics qui sont effectués chaque jour, mais avec seulement 1% de positivité", avait-il dit.

"Le pic de mars-avril est derrière nous, mais nous n'en avons pas terminé avec le virus", a toutefois mis en garde Olivier Véran ce jeudi dans Le Monde.
Clarisse Martin Journaliste BFMTV