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Faut-il s'inquiéter des reconfinements locaux décrétés en Allemagne?

Après la découverte de plus de 1500 cas liés à un abattoir dans l'ouest de l'Allemagne, les autorités ont décidé de reconfiner deux cantons très peuplés afin de contenir la propagation du virus ce mardi.

L'Allemagne, présentée en modèle de gestion de la pandémie de coronavirus, a annoncé pour la première fois ce mardi un reconfinement à l'échelle locale qui concerne plus de 600.000 personnes face à l'éruption d'un important foyer de contamination parti du plus grand abattoir d'Europe.

Limitation stricte des contacts entre personnes, fermeture des bars, cinémas et autres musées ... Quelque 360.000 personnes vivant dans le canton de Gütersloh, et 280.000 dans celui voisin de Warendorf, dans l'ouest du pays, vont à nouveau voir leurs déplacements et activités strictement limités pendant une semaine pour tenter de contenir la propagation du virus.

L'Allemagne, jusqu'ici relativement épargnée par le virus à la différence de ses partenaires européens comme la France, l'Italie ou l'Espagne, est sous le choc depuis la découverte d'un foyer de contamination important dans l'abattoir Tönnies (Rheda-Wiedenbruck). Ce cluster touche déjà plus de 1553 employés sur 6700, et environ 7000 personnes ont été placées en quarantaine, 21 hospitalisées et 6 sont en soin intensifs.

"Un cluster très localisé"

Il faut bien voir que c'est un cluster très localisé, qui concerne cette entreprise", relativise Phil Stumpf, médecin anesthésiste et réanimateur à Berlin. "Mais en dehors de ça, 300 autres cantons en Allemagne n'ont pas reporté de cas depuis sept jours. Il y a donc une grande partie du pays où c'est trés trés calme, A Berlin-même, ça augmente un tout petit peu actuellement mais on parle de cas localisés".

"Globalement, (l'épidémie) a été bien gérée (dans le pays) mais ça n'empêche pas des dérapages dans quelques lieux, quelques entreprises", estime le médecin sur BFMTV. "Les abattoirs, ça n'est pas une grande nouvelle qu'ils propagent le virus, car celui-ci aime bien le froid. Mais surtout, les conditions de travail de cet abattoir sont épouvantables: les gens sont logés de façon beaucoup trop proche et dans des conditions misérables".

L'abattoir Tönnies est pointé du doigt depuis quelques jours, car beaucoup de ses employés viennent de Bulgarie et de Roumanie et logent dans des foyers d'hébergement où la promiscuité est grande.

Lila Bouadma, réanimatrice à l'hôpital Bichat, n'est ni inquiète ni surprise par ces reconfinements locaux. "C'est l'un des scénarios classiques que le Conseil scientifique a envisagé" pour la France, explique à BFMTV cette membre du Conseil scientifique, qui s'attendait à ce que de nouveaux clusters surviennent "dans certains lieux confinés et en particulier les abattoirs".

"Cela montre que l'épidémie n'est pas éteinte"

Selon elle, il n'y a pas raison de s'inquiéter tant que ces clusters "peuvent être maîtrisés". En l'occurence, nous avons désormais "les armes" pour le faire, "notamment grâce aux tests, aux masques, aux mesures de distanciation", soutient cette réanimatrice à Paris. Elle dit tout de même comprendre la décision des autorités allemandes, car ce genre de clusters peut rapidement devenir "un cluster critique". "A un moment donné, la situation peut devenir hors-de-contrôle: le nombre de cas peut devenir tellement important qu'on peut perdre la trace de cas contacts. Et la seule solution est alors effectivement d'isoler une région contaminée pour éviter la dispersion dans tout le pays", explique Lila Bouadma.

Ce nouveau cluster montre que l'épidémie n'est pas éteinte", en Allemagne tout comme en France, rappelle finalement la réanimatrice. "Le danger est toujours là, le virus circule toujours. Donc tout relâchement cause un problème majeur car il crééra une circulation du virus plus rapide". "Qu'un cluster d'une aussi grande taille survienne en France est une possibilité, et le Conseil scientifique a mis en place des scénarios avec des mesures à appliquer dans ces cas-là".

Un avis partagé par l'épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill, qui appelle à la prudence sur notre antenne ce mardi. En France, "on a des nouveaux foyers toutes les semaines (...) On est toujours dans la première vague de l'épidémie", soutient la spécialiste, qui estime que la France devrait "tester énormemment plus et beaucoup plus largement". Dimanche dernier, des milliers de Français se sont rassemblés à l'occasion de la Fête de la musique, parfois au mépris des gestes barrières et des mesures de distanciation.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV