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Le président de la Ligue contre le cancer alerte sur une "chute historique" des dons

Axel Kahn, le président de la Ligue contre le cancer.

Axel Kahn, le président de la Ligue contre le cancer. - AFP

La Ligue contre le cancer alerte sur la chute historique des dons en raison de l'épidémie de coronavirus. Son président Axel Kahn a répondu à BFMTV.com.

L'épidémie de coronavirus aura eu un impact sur la lutte contre le cancer. Aux premières heures du confinement, les rendez-vous pour les malades ont dû être annulés, les protocoles thérapeutiques modifiés, les opérations chirurgicales non-urgentes décalées. Le confinement a également pour conséquence un retard dans les diagnostics de nouveaux cas pour des personnes qui n'ont pas consulté, par crainte de contracter le Covid-19 ou de déranger les services de santé.

Interrogé par BFMTV.com, Axel Kahn, le président de la Ligue contre le cancer, alerte sur un autre effet: la baisse des dons, "historique", que connait son association, avec des effets immédiats et sur le plus long terme.

BFMTV.com: Quel est l'impact de la crise sanitaire sur les dons à la Ligue contre le cancer?

Axel Kahn: "Les dons se sont effondrés, c'est une chute historique, nous n'avions jamais vu une baisse des dons aussi importante. Cela représente 30% des dons en moins, soit 10 millions d'euros. Cette somme représente la totalité des soins de support apportés par la Ligue contre le cancer aux malades, c'est également le double de l'aide financière d'urgence que nous distribuons aux personnes fragilisées par l'entrée dans la maladie. Cette somme représente un peu des salaires que nous versons aux jeunes chercheurs, c'est donc l'avenir de la recherche cancérologique en France qui pourrait être touché".

Y a-t-il un risque pour la recherche sur le cancer?

"Il ne fait pas de doute que les laboratoires de recherche se sont arrêtés sur un temps court. En revanche pour une association, l'activité est figée pendant cinq à six mois et la Ligue contre le cancer est principal financeur contractuel de la recherche. La Ligue offre également des soins de support, un soutien psychologique, des soins pour les cheveux ou la peau, des activités physiques adaptées, un accompagnement au retour à l'emploi... Nous lançons bien évidemment un appel aux dons".

Peut-on mesurer l'impact de l'épidémie de coronavirus sur la maladie?

"Il est totalement impossible de donner un chiffre. Il y a eu des personnes en traitement infectées, mais contrairement à l'alerte transmise par nos collègues chinois, les patients atteints de cancer ne se sont pas révélés significativement plus à risque. Dans l'ensemble, nous avons tenté de poursuivre deux objectifs: continuer à traiter le cancer quitte à modifier le protocole et protéger les malades de l'épidémie. Mais les personnes malades n'ont pas eu assez d'explications. Sur le système d'écoute mis en place par la Ligue, nous avons eu 2000 à 2500 appels qui relataient le niveau d'angoisse considérable pour la malades atteints de cancer".

Vous alertez également sur les retards de diagnostics...

"Ces retards de diagnostics sont l'aspect le plus inquiétant. Nous avons diagnostiqué moitié moins de cancers qu'on aurait dû en diagnostiquer. Les gens ont eu peur de consulter, à cause du Covid-19. Il était aussi plus difficile d'avoir un rendez-vous. Les grandes campagnes de dépistage, du cancer du côlon ou du sein, ont été stoppées. Dans les échanges sur la ligne d'écoute, il y a un exemple emblématique: une jeune femme, qui a senti une boule au niveau du sein, mais qui a eu peur de consulter. Depuis elle a consulté et on lui a diagnostiqué l'une des formes les plus graves du cancer du sein. Deux mois après, des métastases étaient apparues. Dans certains cas, des formes localisées de cancer se sont généralisées, c'est une évolution irréversible".
Justine Chevalier