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Coronavirus: les médecins redoutent une surmortalité en raison des dépistages tardifs des cancers

Un retard de dépistage d'un cancer peut entraîner une augmentation des rechutes ou de la mortalité.

Un retard de dépistage d'un cancer peut entraîner une augmentation des rechutes ou de la mortalité. - AFP

Traitement décalé, diagnostic plus tardif, baisse des dons pour la recherche... L'épidémie de coronavirus pourrait avoir un lourd impact sur la prise en charge du cancer et sur les malades.

L'épidémie de coronavirus aura presque éclipsé les autres maladies ces dernières semaines. Pour éviter d'exposer les malades atteints de cancer notamment ou pour pouvoir récupérer des places supplémentaires dans les hôpitaux, les traitements ont été repoussés. Avec le confinement, de nombreuses personnes n'ont également pas consulté de médecins au plus fort de la crise sanitaire. Conséquences: le nombre de décès dus au cancer pourrait augmenter.

"Nous craignons 5.000 à 10.000 morts supplémentaires du cancer", indique au Parisien le professeur Jean-Yves Blay, directeur du centre d'oncologie Léon Bérard à Lyon et président de la fondation Unicancer. 

En France, les médecins généralistes ont enregistré une baisse de 40% des consultations au début du confinement, les spécialistes 60%. Selon Jean-Yves Blay, interrogé par Europe 1, le nombre de coloscopies, pour détecter le cancer du côlon, a chuté de 80% ces dernières semaines. Une situation qui n'a rien d'hexagonal. Au Royaume-Uni, le centre de recherche sur le cancer estime qu'environ 2,1 millions de personnes auraient dû passer un dépistage de routine et que 23.000 de cancers auraient pu être diagnostiqués pendant la période du confinement.

Retard de dépistage

Le milieu médical s'accorde pour dire que les patients déjà traités ont pu continuer à l'être, malgré les difficultés psychologiques induites par le retard des traitements. "Ceux qui nous inquiètent sont donc les nouveaux patients, explique le directeur du centre d'oncologie Léon Bérard à Lyon. Par exemple, les femmes qui, en mars, ont senti une petite boule dans le sein et se sont dit qu'il valait mieux attendre la fin de l'épidémie pour consulter." En moyenne, 30.000 cancers sont dépistés chaque mois en France.

Cette absence de diagnostic chez une partie des patients pendant le confinement présente un risque pour la prise en charge future de la pathologie. "Les chiffres varient, mais on sait qu'un mois de retard fait perdre entre 5% et 20% de chances selon les tumeurs", poursuit le professeur Jean-Yves Blay.

Pour le cancer de la prostate, les conséquences seront quasi inexistantes, mais un retard dans le diagnostic d'un cancer du sein ou des ovaires implique des risques plus importants de rechute ou de mortalité. "Le retard peut conduire à une perte de chances", confirme sur RTL Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer.

Justine Chevalier