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Le président de la Ligue contre le cancer met en garde contre des retards de dépistage liés au Covid-19

Axel Kahn, président de la Ligue contre le Cancer, a alerté l'opinion ce mardi matin sur notre antenne au sujet des carences dans la détection de nouveaux cas causées par la pandémie.

50%. C'est la statistique de la décrue dans la détection des nouveaux cas de cancer observée en France depuis le début de la crise ouverte dans l'Hexagone par le coronavirus. Invité de BFMTV ce mardi matin, Axel Kahn, biologiste et président de la Ligue contre le Cancer, a commenté ces statistiques:

"Tous les ans, 400.000 nouveaux cancers sont détectés, ça permet d’ailleurs de relativiser la crise du coronavirus. 150.000 personnes meurent chaque année du cancer et heureusement, on restera très très loin de ce chiffre pour le coronavirus. Et s’il y en a qu’une moitié détectée pendant ces quelques mois, c’est qu’il y a un retard de dépistage parce que le coronavirus ne fait pas peur du tout au cancer."

"Aujourd’hui il peut y avoir des retards très préjudiciables pour l’évolution de la suite de la maladie", a-t-il encore noté.

Décalages

Axel Kahn a donc une fois de plus appelé les patients à prendre rendez-vous avec les spécialistes: "Il faut faire passer un message aujourd’hui, parce que les gens sont encore un peu réfrénés, pour des raisons psychiques. Il y a de la place partout!" "Il y a de la place chez les médecins, dans les consultations hospitalières, tout simplement parce qu’incontestablement on est dans une phase de déclin de l’épidémie", a-t-il détaillé. 

Le biologiste et acteur associatif a expliqué ce retard. "Incontestablement, il y a eu, afin de protéger les personnes atteintes de cancer, des mesures de décalage des cures, etc... Et dans l’ensemble malgré l’angoisse générée, ça a bien marché", a-t-il posé. Hélas, ces décalages salutaires ont aussi eu l'effet pervers de décourager certains patients soupçonneux de leur état de santé d'aller trouver un oncologue, ou ont compliqué la première prise de contact.

"Rattraper notre retard"

Axel Kahn, qui est à l'origine de l'ouverture d'une ligne d'appels autour du 9 mars, a décrit les coups de fil reçus: "Les gens disaient : ‘On a essayé de joindre les hôpitaux, notre médecin et on n’y est pas arrivé’. Telle femme a senti une boule dans son sein, tel monsieur a senti un grain de beauté changer d’aspect, qui pouvait évoquer une évolution vers un mélanome, il y a un amaigrissement, une fatigue inexpliquée, du sang dans les selles…"

"Il faut rattraper notre retard! Il va y avoir un peu d’embouteillage, car beaucoup de cures programmées - radiothérapies, chimiothérapies, examens, opérations non-urgentes - ont été décalées et je crois que c’est bien car il s’agissait, sans faire perdre des chances quant à l’évolution du cancer, de protéger des personnes plus vulnérables vis-à-vis du coronavirus. Maintenant ça va se bousculer au portillon, comme pour les consultations à l’hôpital", a-t-il admis. 
Robin Verner