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Le pic de la deuxième vague dépassé: jusqu'où ira la troisième vague de Covid-19 en France?

Lundi soir, le nombre de personnes alitées en réanimation a dépassé celui atteint au moment du pic de la deuxième vague en novembre dernier. Et les perspectives demeurent très sombres pour les semaines à venir.

Certes, on ne compte que 28.322 patients hospitalisés en raison de leur contamination par le Covid-19 ce mardi matin, contre 33.466 le 16 novembre dernier. Mais lundi soir, un autre des chiffres dévoilés par le ministère de la Santé en disait davantage sur la gravité de la situation actuelle: 4974 personnes se trouvent en réanimation, plus qu'au pire de la deuxième vague (4903 le 16 novembre). Bien sûr, on demeure loin de l'extrémité à laquelle était parvenue la première vague: 7019 réanimations au 8 avril. Mais c'est la statistique la plus déplorable depuis le 22 avril.

Situation alarmante en Île-de-France

Si ces données embrassent l'ensemble du territoire, la situation est particulièrement alarmante en Île-de-France où les hôpitaux sont saturés à 129%.

Au cours d'une visioconférence entre 90 médecins de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris samedi dernier retracée ici par Libération, les praticiens ont découvert les projections de l'AP-HP.

En imaginant un confinement strict à compter de ce jeudi 1er avril, l'AP-HP prévoyait tout de même 3470 patients demandant une réanimation dans la région au 22 avril (ils n'étaient "que" 2877 le 8 avril 2020). Et si on attendait ne serait-ce qu'une semaine de plus, cet ensemble serait mesuré à 4466 personnes le 20 avril (soit une submersion des capacités franciliennes de réanimation de +400%).

Vers un tri des patients?

"Des scénarios ont montré que si on ne faisait rien, on irait même largement au-dessus même de la première vague de mars-avril 2020. On pourrait très largement dépasser le nombre potentiel de patients de patients hospitalisés en réanimation. Ce qui est tout à fait impossible, ce serait une catastrophe sanitaire majeure", a lancé sur BFMTV, Jean-Pierre Thierry, médecin spécialisé en santé publique, conseiller médical de France.

Ludovic Toro, médecin généraliste et maire de Combron (UDI), a détaillé au micro de BFMTV les conséquences concrètes de cet engorgement: "Qu’est-ce qu’on va faire si dans la semaine qui vient ça continue à monter? Ils (les directeurs de crise de l'AP-HP, ndlr) l’ont dit: ‘On va trier’. Pas dans les hôpitaux, mais trier dans les services de réanimation. C’est-à-dire que comme en état de guerre, on choisit celui qui a le plus de chance de s’en sortir pour l’entuber et le ventiler."

Profil et trompe-l'oeil

Un choix effroyable, qui renvoie par extension au profil des personnes admises, qui a considérablement rajeuni par rapport aux vagues précédentes.

"Nous avons trois trentenaires, trois quadras, des quinquas, des sextas. Le plus âgé doit avoir 72-74 ans et une moyenne d’âge de 50 ans. C’est plus de 15 ans de moins que par rapport à la première vague", a expliqué sur BFMTV Daniel Da Silva, chef du service de réanimation de l’hôpital Delafontainen, à Saint-Denis.

"Ce sont des gens plus jeunes, qui vont donc rester plus longtemps en réanimation même si, en effet, il y aura probablement moins de morts et on voit que la courbe des décès diminue progressivement", a commenté ce mardi matin Alain Ducardonnet, médecin généraliste et consultant santé de BFMTV.

Alors que 419 personnes étaient mortes le 19 novembre, on a enregistré 362 décès à cause du Covid-19 au cours des dernières 24h, selon les chiffres de lundi soir. La saturation des unités de soins critiques paraît plus préoccupante encore selon Alain Ducardonnet:

"On peut pousser les murs jusqu’à 7000, c’est vrai, sauf qu’à l’époque où on accueillait 7000 personnes en réanimation, il n’y avait quasiment plus d’autres pathologies, plus de traumatologie routière par exemple, aujourd’hui ce n'est pas le cas, donc ça veut dire que les chiffres doivent encore être complétés par rapport à ce que l’on dit régulièrement".

Les prochaines semaines sont redoutées

Et il n'y a aucune raison de penser que les choses vont s'arranger dans les semaines à venir. Plus exactement, il y a toutes les raisons de penser qu'elles vont empirer.

"On sait que la situation d’aujourd’hui correspond aux contaminations d’il y a 15 jours", a fait valoir lundi soir sur BFMTV le professeur Bruno Megarbane, chef du service réanimation médicale et toxicologique de l’hôpital Lariboisière. Avant de prolonger: "Et on sait que dans les 15 jours qui ont suivi il y a eu une augmentation des contaminations donc nous nous attendons à une augmentation des admissions à l’hôpital sur les 15 jours. Les projections laissent penser que dans trois semaines nous doublerons le nombre de patients".

"Nous l’avons déjà fait en mars-avril, si on doit le refaire nous le referons. Evidemment nous avons besoin de renforcement de moyens mais nous nous débrouillerons. Il n’y a pas de raison d’abandonner", a-t-il conclu.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV