BFMTV

Le directeur de l'étude du Lancet présente ses excuses et raconte les coulisses d'une déroute scientifique

Photo d'illustration

Photo d'illustration - AFP

Mandeep R. Mehra est l'auteur principal d'une étude portant sur l'hydroxychloroquine qui a défrayé la chronique depuis sa parution dans la revue médicale The Lancet le 22 mai. Après avoir demandé le retrait de celle-ci, il a émis une déclaration officielle, communiquée à BFMTV ce vendredi après-midi.

Praticien et chercheur habitué à l'obscurité comme aux rigueurs du travail scientifique, il se trouve aujourd'hui sur une avant-scène suréclairée et criarde, acteur, bien malgré lui, d'une farce affligeante. Mandeep R. Mehra, directeur du centre cardiaque et vasculaire Brigham and Women's Heart de Boston, surtout auteur principal de l'étude déniant à l'hydroxychloroquine toute efficacité dans le traitement du coronavirus, publiée le 22 mai dernier dans The Lancet et retirée à sa demande jeudi (ainsi qu'un autre article paru dans le New England Journal of Medicine), a présenté ses excuses dans une déclaration officielle qui nous est parvenue ce vendredi après-midi. 

Acte de contrition 

Alors que c'est l'origine douteuse des données sur lesquelles s'appuyait son étude qui a causé son retrait, il exprime ainsi sa contrition:

"J'ai toujours opéré mes recherches selon les plus hauts principes professionnels et éthiques. Cependant, nous ne devons jamais perdre de vue notre responsabilité en tant que chercheurs de nous assurer scrupuleusement que nous pouvons nous en remettre à des sources de données qui adhère à nos critères. Il m'apparaît à présent clairement que, dans mon espoir de contribuer à la recherche à une époque qui en avait grand besoin, je n'ai pas fait assez pour m'assurer que la source des données était la bonne à ce titre. Pour ça, et pour toutes les perturbations, directes ou indirectes, je suis sincèrement désolé". 

La matrice d'une controverse 

Il raconte auparavant la matrice du drame. "Associé à l'un de mes co-auteurs, j'ai été présenté et ai fait équipe avec le Dr. Sapan Desai et sa société Surgisphere, une société privée qui prétendait posséder des données d'hôpitaux du monde entier pouvant être employées pour répondre aux questions importantes de santé publique que je me posais devant la pandémie de Covid-19", commence-t-il. Il déclare ensuite que Sapan Desai a conduit "différentes analyses" sur ces données, après quoi lui-même pouvait intervenir: "En tant qu'auteur principal, ces analyses m'étaient transmises et sur leurs bases, nous avons publié deux articles". 

Bientôt, cependant, l'étude est vertement critiquée. Dès le 29 mai, une semaine après la publication, de nombreux scientifiques dénoncent des problèmes méthodologiques dans une lettre ouverte. Devant cette vague de suspicions, Mandeep R. Mehra demande alors au Medical Technology & Practice Patterns Institute de procéder à de nouvelles analyses. Toutefois, Surgisphere refuse de transférer sa base de données, évoquant des accords de confidentialité passés avec des hôpitaux.

C'est la rupture avec Sapan Desai, et bientôt la rétractation des articles:

"Vu que nous n'avons pas la capacité de vérifier les données brutes ou la source première de celles-ci, je n'ai plus confiance dans leur provenance et véracité, ni dans les conclusions auxquelles elles ont mené. J'ai notifié aux éditeurs du New England Journal of Medecine et au Lancet notre intention de retirer ces articles". 
Robin Verner