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Le burn-out sera-t-il un jour reconnu comme une maladie professionnelle?

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Une proposition de loi visant à faire reconnaître comme maladies professionnelles les pathologies psychiques résultant de l’épuisement professionnel, ou "burn-out", a été rejetée par l'Assemblée nationale cette semaine. Si son diagnostic et sa prise en charge sont de plus en plus évoqués par les pouvoirs publics, la reconnaissance du caractère professionnel de ce syndrome est encore taboue et donc très difficile pour les victimes.

La question a refait surface, avant d'être rapidement enterrée. Le 1er février, François Ruffin, député du parti La France insoumise, défendait à l'Assemblée une proposition de loi pour une "reconnaissance comme maladies professionnelles des pathologies psychiques résultant de l’épuisement professionnel". "Nous souhaitons que la dépression lourde, le stress post-traumatique, l’anxiété généralisée induits par l’épuisement professionnel soient inscrits au tableau des maladies professionnelles", a énuméré l'élu.

Le texte vise notamment à ce que la victime bénéficie du remboursement de ses frais médicaux. Disponible en ligne, il indique que l’inscription des risques psychosociaux aux tableaux des maladies professionnelles présente de nombreux intérêts aux niveaux individuel et collectif. "Le salarié déclaré 'inapte', ne bénéficie, aujourd’hui, que d’un simple chômage. Comme "maladie professionnelle", les indemnités journalières seront prises en charge à 90% pendant un mois, puis à 80% ensuite. Surtout, la souffrance qu’on lui a infligée sera officiellement reconnue."

Toutefois, la proposition de loi a été rejetée par une motion préalable adoptée par 86 voix contre 34, coupant court au débat. Pour autant, de sa prévention à sa prise en charge, en passant par son repérage et sa considération, la question du burn-out refait régulièrement surface. Sa définition même n'est pas unanime, et selon la Haute autorité de santé (HAS), il s'agit "d’un véritable syndrome qui se traduit par un épuisement physique, émotionnel et mental profond, causé par un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes."

Des causes multifactorielles

Pour autant, en parlant de son diagnostic, la HAS précise que ce syndrome "n'est pas une maladie en tant que telle" et peut souvent passer inaperçu, être diagnostiqué à tort, ou traité de façon inadéquate. Le burn-out ne figure donc pas dans les tableaux des maladies professionnelles, qui entrent dans ce cadre si elles sont la conséquence de l'exposition d'un travailleur à un risque physique, chimique ou biologique, ou si elles résultent des conditions dans lesquelles il exerce son activité professionnelle.

Outre sa définition aléatoire et son absence des tableaux de référence dont se servent les médecins, une autre raison explique pourquoi le syndrome d’épuisement professionnel n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle: l’origine de cette pathologie peut être multifactorielle. "Ce n'est pas un problème individuel mais le produit de facteurs présents à trois niveaux", explique à Santé Magazine le professeur Moïra Mikolajczak, de l'université catholique de Louvain, en Belgique.

"Il y a l'aspect 'personnel' comme un salarié facilement stressé, l'aspect 'organisationnel', à savoir des entreprises aux mauvaises pratiques managériales, et le 'sociétal', lié par exemple à la concurrence internationale et à l'hyperconnectivité omniprésente", précise-t-elle. L'association France Burn Out précise que cette reconnaissance est pourtant possible au cas pour cas, à condition que le salarié victime prouve l’origine professionnelle de la maladie.

L'Etat, l'entreprise et le salarié doivent agir

Ainsi, "le syndrome d’épuisement professionnel peut être reconnu comme maladie professionnelle si la maladie justifie une incapacité permanente partielle de plus de 25% et si un lien 'direct et essentiel' entre la maladie et le travail a été reconnu par le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles", explique l'association sur son site. Mais selon les dispositions du Code de la sécurité sociale, seules certaines catégories de personnes peuvent formuler cette demande.

Comment faire pour que cette thématique fasse l'objet d'une considération plus générale? "Au niveau des entreprises il y a une prise de conscience mais pas d'actions pour autant. Et pour l'Etat, ce dernier prendra les rênes quand il réalisera que le fait de ne pas agir lui coûtera plus cher que de faire quelque chose. Il faut réaliser un bilan sur tous les plans: l'entreprise doit savoir quels sont les risques qu'elle doit réduire et l'employé doit comprendre qu'il a aussi sa part de responsabilité", ajoute le professeur Moïra Mikolajczak.

Si, pour la victime, il peut s'avérer difficile de mettre en évidence le lien direct entre la maladie et le travail, il se peut aussi qu'elle ne réalise pas son état. C'est pourquoi la société Moodwalk a édité le test en ligne gratuit "Testmyburnout.com" pour établir son niveau de risque. Le résultat fourni n’est donné qu’à titre informatif, car le burn-out ne peut pas être analysé par un simple test, mais "l'objectif est de sensibiliser car il y a un manque de prévention", explique Léopold Denis, cofondateur de la société.

Celui-ci ajoute: "En un peu plus d'un mois, plus de 8000 personnes sont venues sur notre site. Certaines ont demandé si elles pouvaient le partager dans leur entreprise. On apprend à reconnaître les symptômes chez soi et les autres. Le test montre aussi que 8% des personnes qui ne pensent pas être à risque le sont réellement. En plus d'une loi sur l'aspect professionnel, la chose la plus importante est de le prévenir en amont, il faut une double action de la part du salarié et des entreprises." Les données recueillies permettront de publier une étude qui servira à mieux définir et quantifier le phénomène.

Alexandra Bresson