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La "thérapie occupationnelle" fait ses preuves pour la maladie d'Alzheimer

La maladie d’Alzheimer est une lente dégénérescence des neurones, qui débute au niveau de l’hippocampe.

La maladie d’Alzheimer est une lente dégénérescence des neurones, qui débute au niveau de l’hippocampe. - iStock

Des chercheurs ont testé une nouvelle approche thérapeutique à domicile, la "thérapie occupationnelle", pour prendre en charge les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Les premiers résultats ont montré des effets contre la perte d'autonomie et les troubles du comportement.

Face à un nombre grandissant de personnes touchées par la maladie d'Alzheimer, 900.000 en France, les gouvernements successifs ont lancé des plans nationaux pour lutter contre cette maladie. Comme l'explique la Fondation Plan Alzheimer, les deux premiers plans (2001-2005, 2004-2007) "avaient pour objectifs de faciliter le diagnostic et d’améliorer la qualité de vie des patients et de leur entourage".

Avec le troisième plan (2008-2012), une dimension recherche a été associée à ces axes et en décembre 2014, le gouvernement a lancé un quatrième plan, dédié aux maladies neurodégénératives dont la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques. La prise en charge des patients à domicile et leurs soins occupent une grande place dans la mise en œuvre de ces plans.

Un nouveau dispositif a notamment été mis en place: les Équipes Spécialisées Alzheimer (ESA) qui proposent une thérapie dite "occupationnelle" aux malades d'Alzheimer. Celle-ci consiste à "stimuler certaines activités de personnes malades ou à maintenir leur autonomie de manière sécurisée et efficace tout en tenant compte de leurs habitudes de vie et de leur environnement", explique l'Inserm*.

Des bienfaits pour les patients comme pour les aidants

La prise en charge, sur prescription médicale, est basée sur l’intervention d’ergothérapeutes, de psychomotriciens et d’assistants de soins en gérontologie. Des chercheurs de l'Inserm ont souhaité étudier son efficacité dans des conditions de soins de routine car, comme ils le précisent dans le Journal of Alzheimer’s Disease, les avantages de cette thérapie n'ont jusqu'ici été démontrés que dans quelques essais cliniques.

Ils ont pour cela procédé à une étude "observationnelle" menée en conditions de vie réelles, c'est-à-dire qu'ils ont suivi pendant six mois 421 patients atteints de démence ayant été dirigés vers des ESA par leur médecin traitant ou par un spécialiste. Les chercheurs se sont intéressés à leur évolution clinique entre le début et la fin de la prise en charge, d’une durée de trois mois, puis trois mois après la fin de l’intervention. Leur étude a démontré que les patients rapportaient des bénéfices au cours de la période de l’intervention.

"Les troubles du comportement des malades, le temps passé par les aidants à s’occuper de leur proche malade et la charge émotionnelle associée à cette prise en charge, avaient significativement diminué au cours des trois mois d’intervention et étaient stables après cette période", explique l'Inserm.

La qualité de vie des patients s'en est trouvée améliorée et leurs performances cognitives sont restées stables pendant les six mois de l'étude. En revanche, si leur autonomie fonctionnelle restait stable au cours des trois mois d’intervention, elle s'est réduite par la suite. Les patients qui retiraient le plus d'avantages de cette thérapie en termes de déclin fonctionnel étaient ceux qui avaient été diagnostiqués le plus récemment.

Mieux cibler les avantages sur le long terme

"Ces découvertes suggèrent que la thérapie occupationnelle devrait concerner prioritairement les patients aux stades précoces de la maladie d’Alzheimer afin d’optimiser ses éventuels bénéfices cliniques", expliquent les chercheurs.

L'étude a ainsi permis de démontrer le potentiel des ESA en ce qui concerne le bien-être des patients, mais aussi de leurs aidants. Une prise en charge avec ce nouveau type de thérapie personnalisée devrait donc, selon les auteurs de l'étude, devenir un nouveau domaine de recherche à part entière. En effet, cette étude a été menée comme une intervention à court terme à domicile, mais les avantages sur le long terme de cette nouvelle approche thérapeutique à domicile demeurent inconnus, tout comme les conséquences d'un arrêt de celle-ci. 

Dans cette optique, l’équipe de chercheurs de l’Inserm compte conduire un nouvel essai sur une période supplémentaire de quatre mois par rapport à la prise en charge habituelle. Une recherche dont l'enjeu est important, puisqu'il est prouvé que les interventions non médicamenteuses proposées dès les stades précoces de la maladie sont efficaces pour prévenir et ralentir les symptômes de la maladie d'Alzheimer, en parallèle des traitements pharmacologiques.

*Institut national de la santé et de la recherche médicale 

Alexandra Bresson