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Santé

"La situation n'est plus inquiétante mais terrorisante": l'AP-HP alerte sur les semaines à venir

Un membre du personnel médical dans l'unité de soins intensifs dédié aux patients atteints du Covid-19, à l'hôpital AP-HP Louis Mourier de Comombes, dans le nord-ouest de Paris, le 9 novembre 2020

Un membre du personnel médical dans l'unité de soins intensifs dédié aux patients atteints du Covid-19, à l'hôpital AP-HP Louis Mourier de Comombes, dans le nord-ouest de Paris, le 9 novembre 2020 - ALAIN JOCARD © 2019 AFP

Face à la tension croissante des capacités d'accueil des hôpitaux et à la diffusion du variant britannique, le directeur médical de crise de l'AP-HP, Bruno Riou, met en garde sur la situation sanitaire.

"Mon rôle est de mobiliser. Mais je ne peux proposer qu'un discours churchillien sur le sang et les larmes". Le directeur médical de crise de l'AP-HP, Bruno Riou, a tiré le signal d'alarme ce vendredi quant à la détérioration de la situation sanitaire en Île-de-France. "La situation n'est plus inquiétante mais terrorisante", a-t-il insisté, expliquant s'attendre à "vivre des moments très difficiles dans les semaines qui viennent".

"Non contrôlée par les mesures" gouvernementales, la pandémie de coronavirus progresse de façon "lente" mais "continue", a poursuivi le Professeur Bruno Riou, tandis que la propagation du variant britannique laisse présager "que les contaminations vont devenir encore plus nombreuses, avec le risque de faire face à une vague importante alors que nous sommes déjà à un niveau élevé".

Environ 700 patients en réanimation

"Tant que nous sommes entre 10 et 14% à l'échelle nationale, l'effet (des variants) sur la pandémie est à la marge, a-t-il détaillé. Mais la progression est inéluctable et l'effet va se faire sentir de manière importante dès qu'on aura dépassé les 40 ou 60%."

D'après la dernière enquête flash sur la présence des variants en France, on estime en effet qu'ils sont présents dans 14% des PCR positifs à travers le pays. Des disparités régionales sont cependant notables, et pour l'Ile-de-France, le chiffre monte à 18%.

À ce jour, l'AP-HP accueille environ 700 patients en réanimation, a embrayé François Crémieux, le directeur général adjoint des hôpitaux publics parisiens. Soit 200 de plus qu'à Noël. Au 12 novembre, au cœur de la deuxième vague, ce total avait dépassé 1133 malades.

Cependant, "l'activité hors Covid reste très élevée", a-t-il précisé. Celle-ci est même "quasi-normale par rapport à la situation de l'an dernier". Conséquence: la tension se renforce sur les capacités d'accueil de l'AP-HP et des déprogrammations ont été enclenchées dans les établissements les plus solicités "depuis la fin de la semaine dernière", selon Martin Hirsch, directeur général de l'AP-HP.

71 foyers épidémiques identifiés

Au 5 février, 71 foyers épidémiques ont été identifiés en Île-de-France, sur un total de 458 clusters comptabilisés depuis le mois de juillet, a indiqué Sandra Fournier, docteure à l'hôpital Saint-Antoine. 22 de ces foyers impliquent des cas de mutations de virus, signe de la diffusion des variants britannique, sud-africain et brésilien.

L'AP-HP a enfin fait un point sur la vaccination. Pour l'heure, 18.300 soignants des hôpitaux publics parisiens ont reçu une première injection, soit 18% du personnel. Et si les doses produites par AstraZeneca commenceront à être livrées dans les pharmacies à compter de samedi, l'AP-HP ignore pour l'heure si elles pourront être administrées directement. Olivier Véran a cependant annoncé jeudi soir lors de la conférence de presse gouvernementale que les soignants pourraient commencer à recevoir ce vaccin "dès samedi".

Si le Pr Bruno Riou affirme que "la vaccination prendra son effet" sur la tension hospitalière, il faudra d'abord patienter "de nombreux mois".

Margaux de Frouville avec Florian Bouhot