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L'OMS devrait retirer l'identité transgenre de la liste des maladies mentales

Idylle transgenre. (illustration)

Idylle transgenre. (illustration) - François Harray - Flickr CC

D'après une étude de terrain parue dans la revue médicale The Lancet Psychiatry, les personnes transgenres ne souffrent pas tant de leur différence que des rejets sociaux et des violences dont ils sont souvent l'objet.

Un pas supplémentaire vers la reconnaissance pleine et entière des personnes transgenres pourrait bientôt être franchi. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui classe encore cette identité au chapitre des "Troubles mentaux et du comportement" pourrait revoir sa copie. Sa "Classification des maladies mentales" (ou CIM-10, pour dixième édition) est en cours de révision. Or, une étude de l'Institut national de psychiatrie Ramón de la Fuente Muñiz, à Mexico, établit que la détresse rencontrée par certaines personnes transgenres "n'est pas une caractéristique inhérente à leur identité", mais "pourrait être expliquée par l'expérience du rejet social et de la violence". Les chercheurs plaident donc pour une déclassification pour le CIM-11.

"La variable la plus influente sur le sentiment de détresse a été le rejet de la famille", a expliqué l’un des auteurs de l’étude, Geoffrey Reed, joint à Mexico par Le Devoir.

Quelque 250 témoignages recueillis

Dans cette étude parue dans la revue médicale The Lancet Psychiatry, les chercheurs expliquent avoir interrogé 250 personnes transgenres, entre avril 2014 et août 2017. Il ressort de ces témoignages que ces personnes ont ressenti un grand stress au moment de demander à ce que dans un contexte scolaire ou de travail, leur identité soit reconnue. 

Selon Geoffrey Reed, ces troubles participent de la théorie du "stress des minorités". Autrement dit, la discrimination dont les personnes transgenres font l'objet entraîne des problèmes de santé psychiques et physiologiques.

De la classification dépend l'accès aux soins

L'enjeu de cette classification est capital. "Pour être admissible à un traitement hormonal ou à une chirurgie de réattribution sexuelle, dans bien des systèmes de santé, il est nécessaire d’avoir un diagnostic", fait valoir Geoffrey Reed auprès Du Devoir. Car de deux choses l'une. Soit l'on considère que l'identité transgenre doit essentiellement être traitée comme un trouble mentale, soit elle est une réalité qui rend les personnes éligibles à changement d'identité sexuelle.

Mais en vérité, les transgenres subissent une forme de double peine, car elles sont à la fois mises au ban de la société et désignées comme ayant des troubles mentaux. D'où la préconisation par les chercheurs de l'équipe de Mexico d'une déclassification pure et simple de l'identité transgenre, pour le CIM-11, à paraître en 2018. L'homosexualité avait été retirée des troubles mentaux en 1992, rappelait Slate. 

Cette révision du CIM pourrait aussi conduire à celle du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) américain. Il avait déjà en 2013 remplacé le "trouble de l'identité de genre" par "la dysphorie de genre". En substance, cela signifie que si la condition "transidentitaire" d'une personne ne lui convient pas (par exemple, car elle désire passer du genre masculin au genre féminin ou inversement, mais sans avoir pour l'instant satisfait à ce besoin) et qu'elle en souffre, l'on est en présence d'un trouble lié à l'identité transgenre. 

David Namias