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L'Europe en retard sur le vaccin? Pour Alain Fischer, "le mot n'est pas juste"

Alain Fischer - Image d'illustration

Alain Fischer - Image d'illustration - Benoît Tessier

Le président du "Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale" assure que dans un an, "on oubliera le jour où on a commencé à vacciner, mais pas leur efficacité."

La France n'est pas en retard. Pour sa première interview radio depuis son arrivée à la présidence d'un "Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale", l'immunologue et pédiatre Alain Fischer a fait le point sur la vaccination en France au micro de France-Inter, alors que le Premier ministre Jean Castex doit présenter ce mercredi à l'Assemblée nationale le plan détaillé en matière de vaccination pour les semaines à venir.

"Il y a la nécessité de la rigueur"

Ainsi, selon le médecin et chercheur, il est faux de dire que la France est en retard, alors que plusieurs pays dont la Grande-Bretagne, le Canada, les Etats-Unis ou encore la Chine ont commencé à vacciner certains de leurs citoyens.

"Le mot retard n’est pas juste. Il y a la nécessité de la rigueur, c’est l’élément essentiel, que ces vaccins aient été validés comme raisonnablement sûrs et efficaces. La balance entre les bénéfices et les risques doit être extrêmement favorable, on va y être, mais il faut laisser les autorités finir leur travail. Dans un an, quand on retracera ce qui s’est passé, on oubliera le jour où on a commencé à vacciner, mais pas leur efficacité", a-t-il assuré.

"Respecter l'éthique de la vaccination"

En outre, Alain Fischer a également ajouté que la nature même des patients qui doivent se faire vacciner en premier, les pensionnaires d'Ehpad et d'autres établissements sociaux, pousse les autorités à une plus grande prudence.

"La vaccination va commencer dans les établissements de personnes âgées. Il faut que les conditions soient réunies, il y a une logistique impressionnante pour apporter ces vaccins, c’est une affaire lourde. Il faut respecter l’éthique de la vaccination, le consentement un peu plus compliqué dans ces établissements, il faut un consentement recueilli", martèle-t-il.

Pour lui, la conservation des vaccins est également une donnée importante à prendre en compte à l'heure de fixer cette stratégie de protection globale de la population.

"Une organisation impressionnante a été mise en place pour les transporter de façon ad hoc vers les centres de vaccination. Le début de la vaccination ne va se faire que dans ces établissements, sur un nombre limité de personnes. Puis il y aura les étapes suivantes ou les personnes fragiles et les professionnels de la santé seront vaccinés. On atteindra le chiffre de plusieurs millions au printemps", promet Alain Fischer.

"Le temps le dira"

En ce qui concerne l'efficacité même de ces vaccins, l'immunologue a demandé du temps afin que les données scientifiques puissent être faites.

"Pour l’instant, on peut parler de Pfizer, un ARN-messager. Ce que l’on sait des données à la phase 3 lorsque 20.000 personnes ont reçu le vaccin, c’est qu’il protège de façon très efficace contre les risques de développer des signes cliniques de la maladie. Il y a une protection contre les formes graves, mais on ne peut pas répondre pour la contamination."

Quant à la durée de l'immunisation, là encore de nombreuses questions se posent. "Par définition, on ne sait pas. Le recul par rapport à la phase 3 atteint trois mois, le temps le dire. On utilisera les informations immunologiques, mais c’est la poursuite des études qui permettra de trancher", conclut Alain Fischer.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV