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Journée mondiale contre le sida: les chiffres du VIH en France en 2017

Une femme recevant un test rapide du VIH le 23 septembre 2013 à Paris.

Une femme recevant un test rapide du VIH le 23 septembre 2013 à Paris. - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Comme chaque année, l'agence nationale française de santé publique publie un état des lieux chiffrés de l'infection au VIH en France. Si le recours au dépistage ne faiblit pas, les nouvelles contaminations ne baissent pas chez les hommes homosexuels et bisexuels. Chez les hétérosexuels nés en France, les seniors sont particulièrement concernés.

Comme tous les ans à la veille de la journée mondiale de lutte contre le sida, Santé publique France dévoile les chiffres des nouvelles contaminations au VIH en France. Les dernières données, publiées ce mardi, concernent l'année 2016 et permettent de dresser un état des lieux en France de la contamination par ce virus responsable du sida.

Il ressort tout d'abord de ce document que la découverte de nouveaux cas de séropositivité a baissé de 5% par rapport à 2013. Sur l'année 2016, environ 6.000 personnes ont découvert leur séropositivité dans le pays. En parallèle, le nombre de dépistages a augmenté, à hauteur de 400.000 tests en plus depuis 2010. Au total, 5,4 millions de tests ont été réalisés en laboratoire, un peu plus de 56.000 tests rapides ont été effectués et 75.000 autotests distribués.

Pas de baisse de contamination chez les hommes couchant avec des hommes

Pour autant, de nombreux chiffres mis en lumière par ce rapport sont source d'inquiétude. Parmi les personnes ayant découvert leur séropositivité, les hommes représentent 69%. Et près de la moitié de ces nouvelles contaminations (44%) concernent des hommes homosexuels ou bisexuels (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, HSH). Parmi eux, les 15-24 ans représentent 15%.

L'autre catégorie de la population la plus touchée est ensuite celle des hétérosexuels nés à l'étranger: ils constituent 39% des découvertes. 

  • Diminution du recours au préservatif

Comme le souligne Santé publique France, la situation est particulièrement préoccupante pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.

"En France, les rapports sexuels entre hommes sont le seul mode de transmission pour lequel le nombre de nouveaux diagnostics ne diminue pas. En 2015, ils représentaient 43% des découvertes de séropositivité", rappelle l'institut. 

Pour expliquer les raisons de cette absence de baisse, Santé publique France pointe plusieurs choses, dont une diminution du recours au préservatif, mais aussi un nombre trop insuffisant de dépistages. 

"La réduction de la transmission du VIH grâce à l’efficacité des traitements antirétroviraux 4 n’a pas permis de compenser cette baisse de protection, en raison notamment d’un nombre trop important de HSH ignorant leur séropositivité. Le contrôle de l’épidémie passe donc aussi par une augmentation du recours au dépistage".

Quand l'homophobie freine la prévention

L'institut pointe aussi l'impact négatif de l'homophobie sur la prévention destinée à cette catégorie de la population, en citant l'exemple de la campagne d'affichage lancée à l'automne 2016 à laquelle il a participé, et que certains maires ont voulu faire retirer de leur commune. En réaction, Anne Hidalgo avait notamment décidé de placarder ces affiches sur les abribus parisiens. 

"Si Internet et les réseaux sociaux sont des outils performants pour toucher les HSH, il est difficile de s’adresser à ces derniers dans l’espace public en raison de l’opposition de groupes qui véhiculent un discours homophobe et déplacent le débat vers les questions d’homophobie, au détriment des questions de prévention", explique Santé publique France, qui regrette aussi que la réaction des maires opposés à cette campagne ait été si médiatisée.

25.000 personnes ignorent leur séropositivité

D'après Santé publique France, on estime que 25.000 personnes au total sont séropositives sans le savoir. Parmi elles, 40% environ sont des hommes homosexuels ou bisexuels, 40% des hommes et femmes hétérosexuels nés à l'étranger, et 20% des hommes et femmes hétérosexuels nés en France. 

27% de découvertes tardives

  • Autre motif d'inquiétude: le fort taux de découvertes tardives parmi les nouvelles contaminations. 27% des 6.000 personnes concernées ont découvert leur séropositivité plus de 6 mois après avoir été contaminées.

26% de ceux qui se sont découverts séropositifs parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes ont déclaré n'avoir jamais été testés auparavant. Comme le souligne pourtant le site d'information sur le VIH et le sida VIH.org, la Haute autorité de santé recommande pour cette population particulièrement exposée un dépistage tous les trois mois, après avoir d'abord conseillé au moins un dépistage par an. Sur les 6.000 personnes, pour 43% au total il s'agissait du premier dépistage. 

Un tiers de seniors parmi les hétérosexuels nés en France

Chez les hétérosexuels nés en France, les seniors sont particulièrement représentés: les plus de 50 ans représentent un tiers des découvertes faites en 2016, révèle l'étude. Ce phénomène n'est pas isolé et est observé depuis plusieurs années maintenant. 

Une étude publiée dans la revue The Lancet et dévoilée en septembre dernier indiquait qu'en Europe entre 2004 et 2015, les nouvelles infections au VIH avaient augmenté de 2% par an chez les plus de 50 ans, représentant une nouvelle infection sur 6. D'après les auteurs de l'étude, cette population a plus de chance d'être diagnostiquée à un stade avancé de l'infection, dont le sida avéré, et d'avoir contracté le virus lors de rapports hétérosexuels.

Comme le souligne le Crips Ile-de-France (Centre régional d'information et de prévention du sida et pour la santé des jeunes), dans une enquête menée en 2014 en France auprès de personnes âgées de 50 à 70 ans, une majorité ne se sentait pas concernée par le VIH. Cette population a en outre moins recours au dépistage et comme le précise le Crips, les muqueuses se fragilisent avec l'âge, en particulier chez les femmes, ce qui favorise la transmission du VIH.

Charlie Vandekerkhove