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"Il fallait absolument se ressaisir": la réaction des soignants aux annonces d'Emmanuel Macron

Une patiente atteint du  Covid-19 est allongée à l'hopital Pasteur à Colmar, dans l'est de la France, le 22 avril 2021

Une patiente atteint du Covid-19 est allongée à l'hopital Pasteur à Colmar, dans l'est de la France, le 22 avril 2021 - SEBASTIEN BOZON © 2019 AFP

Si beaucoup de soignants se réjouissent de l'extention du pass sanitaire et de l'obligation vaccinale pour le personnel de santé, ils soulignent également qu'il est dommage d'en être arrivé à cette extrémité, alors que le variant Delta fait craindre une quatrième vague dès cet été

Face à la remontée de l'épidémie de Covid-19 ces dernières semaines, due notamment au variant Delta, Emmanuel Macron a annoncé de nouvelles mesures lundi soir. Parmi elles, l'obligation vaccinale pour les soignants et l'extension du pass sanitaire. Il sera donc obligatoire de présenter un schéma vaccinal complet, ou un test négatif, pour accéder aux lieux de loisirs et de culture dès le 21 juillet, et dans les cafés, les restaurants ou encore les centres commerciaux dès le mois d'août.

Evoquées depuis plusieurs semaines, ces mesures ont pour but de faire fléchir la courbe des contaminations, afin d'éviter une quatrième vague dès cet été, en incitant fortement, ou en obligeant une partie de la population à se faire vacciner. Car le vaccin est, aujourd'hui, le seul traitement trouvé réellement efficace pour lutter contre ce virus.

"Il fallait cette stimulation"

"Cela va augmenter l'immunité collective donc c'est très très bien", déclare ce mardi sur BFMTV Robert Sebbag, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), qui se dit "ravi des déclarations du président".

"Il y a eu une stimulation, il fallait cette stimulation et j'espère qu'elle va donner ses fruits".

"Il fallait absolument se ressaisir si on ne voulait pas être de nouveau débordés dans les hôpitaux", abonde également sur notre antenne Rémi Salomon, président de la Commission Médicale d'Etablissement de l'APHP. Il rappelle que "c'est le variant le plus transmissible de loin, qu'on ait jamais eu depuis le début de la pandémie", et que les personnes touchées aujourd'hui sont principalement les jeunes, mais aussi les personnes à risques qui ne se sont pas faites vacciner.

"Il fallait réagir, parce que la situation devenait préocupante pour le variant Delta", déclare également Djillali Annane, chef du service de réanimation à l'hôpital Raymond Poincaré (Hauts-de-Seine). "Ce sont des décisions fortes qu'il fallait prendre rapidement et elles ont été prises" explique Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive réanimation à l'hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis). "On est déjà sur des décisions qui sont très fortes et qui vont nous permettre d'augmenter la couverture vaccinale et d'éviter les drames que l'on voit tous les jours".

Si tous soulignent l'importance de la vaccination pour éviter une nouvelle vague de contaminations, "j'aurais préféré qu'on n'en arrive pas à des injonctions obligatoires comme c'est le cas, mais elles étaient nécessaires", déclare ainsi l'immunologue Stéphane Paul, membre du comité vaccin Covid-19. Une opinion partagée par ses confrères.

Mais signe que l'allocution d'Emmanuel Macron a fait mouche, et a eu une incidence quasiment immédiate sur les réservations pour la vaccination: plus d'un million de Français se sont rués sur Doctolib après les annonces.

Un soignant "doit être vacciné"

Concernant l'obligation pour les soignants et non-soignants dans les centres de soins, si elle est reconnue comme une nécessité pour certains, l'inquiétude quant à des effets potentiellement délétères se fait sentir.

"On a peur que le climat social se tende", déclarait ce mardi sur BFMTV Eric Fregona directeur adjoint de l'Association des directeurs au service des personnes âgées.

Expliquant qu'il ne savait pas à quoi s'attendre de la part du personnel non-vacciné, il envisage de "les accompagner, d'être au plus proche".

"J'ai toujours considéré que l'obligation vaccinale pour les soignants comme pour tout le monde, pouvait être contre-productive", déplore également Djillali Annane.

Mais pour lui, s'il y a une réaction négative de la profession à l'encontre de cette mesure, elle concernera une minorité de personnes, et cette obligation "va avoir un impact majeur" sur la vaccination.

D'autre part, il s'interroge sur les sanctions potentielles, car pour les soignants "non salariés c'est déjà plus compliqué de comprendre les mécanismes qui vont être mis en place pour assurer ce contrôle. Tout cela n'est pas expliqué et n'est pas clair".

Un point également avancé par Eric Fregona, qui souligne qu'à "ce stade on n'a aucune information de comment ça va se passer en terme d'obligation, de sanctions". Olivier Véran a pour le moment déclaré qu'à partir du 15 septembre, "si vous êtes soignant et que vous n'êtes pas vacciné, vous ne pourrez plus travailler et vous ne serez plus payé".

"Bien entendu un soignant quand il s'occupe de personnes vulnérables, fragiles, doit être vacciné pour diminuer au maximum le risque de transmettre le coronavirus", déclare Rémi Salomon. "C'est normal qu'on arrive à cela, mais il faut l'accompagner" plutôt que le sanctionner pour lui. Il ne faut pas "les stigmatiser et faire croire qu'ils seraient non seulement responsables mais même coupables, les soignants ont quand même beaucoup donné" depuis un an et demi.

"Tous les patients Covid actuellement hospitalisés sont des non-vaccinés"

Quant à l'extension du pass sanitaire, il "vise en particulier les jeunes, les moins de 30 ans qui veulent profiter des vacances", et qui sont encore peu vaccinés pour le moment, explique Stéphane Paul. 26% des 18-29 ans sont totalement vaccinés actuellement, un peu moins de 50% ont reçu une dose.

"Je pense qu'effectivement il fallait inciter à cela, et on le voit bien depuis hier, les gens se précipitent pour aller se faire vacciner, donc le résultat escompté arrive", se réjouit-il.

D'après les observations de ces soignants, "il y a très peu de discours très anti-vaccin", chez les patients, "ce sont des discours qui disent 'on avait l'impression que ce n'était pas sûr, que ça ne marchait pas', enfin tout ce qu'on voit comme fake news sur les réseaux sociaux", explique Stéphane Gaudry. Et en ce sens, l'extension du pass sanitaire, qui incite fortement à la vaccination, peut faire pencher la balance quant à leur décision. Dans son hôpital, "tous les patients Covid qui sont actuellement hospitalisés sont des non-vaccinés", souligne-t-il.

Certains s'interrogent même déjà pour aller plus loin, "pourquoi pas un pass vaccinal? On se pose la question parce qu'aujourd'hui, on pousse quand même indirectement les gens à aller se faire vacciner", lance Robert Sebbag.

Pour Rémi Salomon, la réticence chez certains vient aussi du fait que "les interrogations sont encore nombreuses, et je crois que nous n'avons pas été assez clairs dans l'explication" de certains vaccins.

"Je pense que les soignants comme le reste des Français ont besoin de plus d'explications, je pense qu'il faut passer du temps, les accompagner plus que nous ne l'avons fait".

Les résultats vont "dépendre de l'impact sur la population générale"

Si le nombre de prises de rendez-vous a fortement augmenté ces dernières heures, reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour arrêter l'augmentation des cas, et éviter une quatrième vague. "Les gens qui vont se faire vacciner ce ne sont peut-être pas les plus à risque. Il faut penser aux personnes âgées, qui peuvent faire des formes graves" ou à ceux qui ont de comorbidités, et sont plus suceptibles de finir à l'hôpital, note Robert Sebbag, "là il faut peut être aller vers eux".

"Cela va dépendre de l'impact sur la population générale" déclare Stéphane Paul pour qui "l'impact sur les soignants, ce n'est pas ce qui va freiner la dissémination du variant ou de futurs variants. Maintenant on sait que tout pourcentage [de vaccinés supplémentaire] sur la population générale va freiner la dissémination du virus, c'est évident".

Ces mesures arrivent de toute façon "un peu tard, parce que l'on a attendu que le variant Delta se répande et commence à menacer l'été, alors que 15 jours, 3 semaines, un mois avant, ça aurait permis d'étaler l'immunisation de l'ensemble des Français", déclare l'épidémiologiste Yves Buisson, pour qui "le vaccin c'est la solution, il ne faut pas tourner autour du pot".

Quelles que soient les annonces actuelles ou à venir, "il est absolument impératif de se ressaisir, et ce n'est pas que la vaccination, c'est aussi reprendre les gestes barrières: la distance, à l'intérieur on n'est pas trop nombreux, on garde le masque évidemment et on aère" rappelle Rémi Salomon.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV