BFMTV

Il est encore trop tôt pour estimer la mortalité totale liée au Covid-19 en France

Des soignants dans un hôpital français. (Photo d'illustration)

Des soignants dans un hôpital français. (Photo d'illustration) - Loic Venance - AFP

Selon Santé Publique France, la mortalité a excédé 16.6% en France entre le 2 mars et le 31 mai dernier, mais il est encore trop tôt pour évaluer le bilan exact de la mortalité due à l'épidémie de Covid-19 sur le territoire national.

L’excès de mortalité en lien avec l’épidémie de Covid-19 se situerait entre 25.000 et 30.000 personnes à l'échelle nationale sur la période du 2 mars et du 31 mai dernier, selon un dernier rapport de Santé Publique France publié ce mercredi, qui signale que les régions Grand Est et Île-de-France ont été les plus frappées par la surmortalité.

Au cours de cette période, 18.861 décès dans les hôpitaux et 10.335 décès dans les Ehpad et les établissements médicaux sociaux ont été officiellement comptabilisés comme liés au coronavirus, soit un total de 29.186 (le chiffre a, depuis, dépassé les 30.000). Mais Santé publique France souligne que cette évaluation "est susceptible d'être surestimée" car certains décès comptés en Ehpad étaient des "suspicions de Covid-19". "En l'absence de tests PCR systématiques, certains décès déclarés ont probablement été à tort associés" au Covid-19, estime l'étude.

"Des incertitudes demeurent"

En somme, il est encore trop tôt pour évaluer le bilan exact de la mortalité due à l'épidémie de Covid-19 en France. Ce chiffre, qui oscille imprécisément entre 25.000 (estimés à partir des données d’état-civil de l’Insee) et 30.000 décès (selon les données des systèmes d'information pour le suivi des victimes des Ehpad et établissements médico-sociaux), "témoigne des incertitudes qui demeurent sur l’estimation de cet excès", indique le communiqué de Santé Publique France.

Cela s'explique, selon l'institut, par "la survenue concomitante d’une surmortalité, directement et indirectement associée à l’épidémie et d’une sous-mortalité liée à l’effet protecteur du confinement sur les causes de décès hors Covid-19".

Les auteurs de l'étude ont également analysé les chiffres de la mortalité toutes causes confondues, provenant des bureaux d'état-civil, pour estimer "l'excès de mortalité" attribuable à l'épidémie pendant ces trois mois.

"Entre le 2 mars et le 31 mai 2020, un peu plus de 175.800 décès toutes causes confondues ont été estimés sur le territoire national. Ce nombre est supérieur de 25.030" par rapport au nombre attendu de décès, estimé à partir des observations des années précédentes, détaillent-ils.

Pas analysable avant la fin de l'année

Problème: l'estimation du nombre attendu de décès est elle aussi difficile à établir, avertissent les chercheurs, car la "période épidémique a produits plusieurs effets simultanés" sur la mortalité, difficiles à quantifier.

À la hausse de mortalité directement liée à l'épidémie s'est en effet ajoutée une augmentation consécutive à "des retards de prise en charge" médicale, "au contexte anxiogène des conséquences sanitaires et économiques de l'épidémie, ou à l'isolement de personnes fragiles et âgées".

Mais cette période s'est aussi traduite par une baisse de la mortalité en raison de la réduction des déplacements et des activités pendant le confinement (accidents de la route, accidents professionnels...)

"Seules les données exhaustives des causes médicales de décès, collectées à partir de l'ensemble des certificats de décès, électroniques et papier, permettront de quantifier précisément l'excès de mortalité associé à l'épidémie", estime Santé publique France, précisant que la collecte et le traitement des certificats de décès papier "nécessitent plusieurs mois" et qu'ils "ne pourront pas être analysés avant fin 2020".

Ce constat plaide pour "l'urgence de généraliser l'utilisation de la certification électronique des décès", "disponibles de façon réactive", réclame l'agence sanitaire. Ce mode de certification "n'était utilisé, début 2020, que pour 20% de la mortalité nationale, avec une forte hétérogénéité régionale", précise-t-elle.

Margaux de Frouville, Jeanne Bulant avec AFP