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Femme morte après cinq appels au 15: comment expliquer le délai d'intervention du Samu?

Un centre d'appel du Samu à Créteil

Un centre d'appel du Samu à Créteil - Stéphane De Sakutin - AFP

Un diagnostic incorrect et un manque de moyens alloués aux services d'urgence sont notamment en cause, estiment plusieurs spécialistes.

Une sexagénaire vivant dans le Territoire-de-Belfort est morte le 14 septembre dernier, après que sa famille a appelé le Samu à cinq reprises. L'ambulance dépêchée n'est arrivée qu'après trois coups de téléphone, et les équipes de réanimation du Smur ont atteint le domicile d'Edith Greffier plus d'une heure après le premier appel. Sa mort par infarctus a été déclarée un peu plus de deux heures après, à l'hôpital.

Il y a quelques jours, sa fille Anne-Sophie a décidé de porter plainte pour "homicide involontaire". Aujourd'hui, elle attend des réponses. Pourquoi les secours ont-ils mis tant de temps à prendre conscience de la gravité de l'état de sa mère? Pourquoi ne sont-ils pas arrivés plus tôt? Cela aurait peut-être permis, selon elle, de sauver sa mère. "J'ai été écoutée et questionnée, mais selon moi, je n'ai pas été entendue", a-t-elle déploré à BFMTV.

Une procédure respectée?

Interrogé sur notre antenne, le président du Samu-Urgences de France François Braun a écarté la thèse d'un dysfonctionnement ou d'une négligence de la part du service et des équipes ayant pris les multiples appels de la famille Greffier.

"Nous ne sommes pas maîtres des distances qu'il faut parcourir et du démarrage des équipes. Dès le premier appel, il y a eu prise en compte par le médecin régulateur qui a posé des questions pendant presque deux minutes. Ensuite, il y a eu engagement d'un moyen qui était une ambulance", a-t-il fait valoir. "Dès qu'il y a eu cette notion d'aggravation, et en particulier cette notion d'arrêt cardiaque, le médecin régulateur a déclenché cette équipe de réanimation du Smur, qui part de l'hôpital. Malheureusement, dans cette situation, il n'est pas tout près."

François Braun, qui assure que les procédures de prise en charge ont été suivies à la lettre, a ajouté que ce qui "sauve de l'arrêt cardiaque, ce n'est pas notre équipe de réanimation. C'est d'abord le témoin qui va faire le massage cardiaque".

Un diagnostic inexact?

Mais la réaction de la médecin régulatrice qui a répondu aux appels de la famille de la sexagénaire - et qui, au téléphone, a évoqué la possibilité d'une gastroentérite - est également pointée du doigt. Y a-t-il eu un défaut de diagnostic de sa part? Pour Alain Ducardonnet, cardiologue et consultant santé de BFMTV, ce n'est pas si simple:

"Là, on est devant, probablement, une faute de diagnostic, mais parce qu'il y a un piège! La patiente vomit, c'est dit clairement. Or, il y a des formes d'infarctus relativement rares, où l'on peut vomir. Mais il y a une hypertension artérielle et une douleur dans le bras gauche", explique-t-ilL Le spécialiste souligne que la médecin a peut-être été induite en erreur par les vomissements, sans faire suffisamment attention à la douleur dans le bras gauche, symptôme d'un infarctus.

Un manque de moyens?

Patrick Pelloux, président des médecins urgentistes de France, ne remet pas en cause la possibilité d'une erreur de diagnostic. Il estime cependant que le manque de moyens alloués aux services d'urgences et aux professions médicales en générales n'est pas étranger à des drames comme celui-ci.

"Quand vous regardez la restructuration qu'il y a eu en Franche-Comté - où Edith Greffier est morte - où ils ont regroupé tous les Samu en un seul à Besançon, il faut savoir si le maillage territorial est toujours bien fait et si on écoute les praticiens de terrain quand ils font des remarques sur les problèmes d'organisation et de moyens", explique-t-il

Comme le rappelle France 3 Bourgogne-France-Comté, les appels passés au Samu depuis le Territoire-de-Belfort sont effectivement actuellement pris en charge par le centre de Besançon, dans le Doubs, à 90 km de là. La famille d'Edith Greffier souhaite d'ailleurs qu'un centre d'appel au 15 soit rouvert dans le nord de la Franche-Comté. "Je ne pense pas qu'à Besançon ils sachent où se situe Lachapelle-sous-Chaux", la petite commune de sa mère.

De son côté, Patrick Pelloux a demandé à "la ministre (de la Santé, ndlr) de revoir sa copie sur les moyens" accordés à la médecine. "Car ce qu'il se passe là, ce sont des choses extrêmement dommageables pour la population."

Une plateforme unique comme solution?

Face aux événements dramatiques comme la mort d'Edith Greffier, Agnès Buzyn a d'ailleurs plusieurs fois évoqué la possibilité de la création d'un "numéro unique" pour tous les services d'urgence.

"Si on arrive à faire une plateforme commune, ça veut dire qu'on va réguler tous ensemble le Samu, les pompiers, la police, les médecins", estime Alain Ducardonnet. Le camion des pompiers était en fait à six minutes du domicile de la personne (dans le cas d'Edith Greffier, NDLR). Avec un défibrillateur et des gens très bien formés, ça aurait peut-être pu aider."

Une opinion qui n'est pas partagée par François Braun, qui estime que dans les quelques endroits où le numéro unique existe, "il ne règle absolument rien". 

Malgré les annonces de la ministre de la Santé présentées en septembre dernier et censées répondre à la crise des services d'urgence, aucune plateforme commune à tous les services d'urgence n'a pour l'instant été mise en place.

Juliette Mitoyen