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Et si la maladie de Crohn ne touchait pas seulement le système digestif?

Il n’existe pas de traitement curatif des  maladies inflammatoires chroniques de l’intestin mais les médicaments anti-inflammatoires permettent dans la grande majorité des cas un contrôle durable de la maladie.

Il n’existe pas de traitement curatif des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin mais les médicaments anti-inflammatoires permettent dans la grande majorité des cas un contrôle durable de la maladie. - iStock - fotostorm

La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire qui peut toucher n'importe quel segment du tube digestif. Mais des chercheurs affirment qu'elle aurait aussi un impact important sur le cerveau, provoquant un symptôme ignoré: une déficience cognitive légère.

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (ou MICI) regroupent la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. Ces dernières se caractérisent par l’inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif, liée à une hyperactivité du système immunitaire digestif. Dans la maladie de Crohn, cette inflammation peut être localisée à tous les niveaux du système digestif.

Les patients qui en souffrent peuvent bénéficier d'une bonne qualité de vie grâce à des traitements anti-inflammatoires qui permettent un contrôle durable de la maladie. Mais des chercheurs de l'université Victoria (Australie) ont découvert que ces signes reconnus ne sont pas les seuls à se manifester: cette maladie aurait également un impact sur la fonction cognitive des patients.

Leur étude a montré un temps de réponse 10% plus lent que la normale chez 49 personnes atteintes de la maladie de Crohn. Leur temps de réponse était notamment plus lent que ceux évalués chez les personnes à la limite légale du taux d'alcoolémie en Europe (0,05 g/100 ml de sang).

L'inflammation se propage en dehors du tube digestif

La corrélation est notamment établie lorsque les poussées inflammatoires, et donc les douleurs abdominales typiques, se manifestent. Cette déficience cognitive légère a un véritable impact, puisque les patients concernés se plaignent de difficultés de concentration, de trouble de la pensée et de trous de mémoire.

Par ailleurs, l'étude a également démontré que les malades qui en souffrent le plus seraient plus susceptibles de se plaindre de dépression légère et d'un sommeil de plus faible qualité. Mais si les douleurs abdominales, les diarrhées et la fatigue sont des symptômes pris en compte pour que le médecin établisse son diagnostic, la déficience cognitive serait encore trop souvent ignorée par ces derniers, alertent les chercheurs.

"Ces résultats renforcent l'idée que la maladie de Crohn a un large éventail de conséquences et que l'impact de la maladie affecte non seulement les patients à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur du tube digestif", souligne Dr Daniel van Langenberg, principal auteur de l'étude.

Bien que le mécanisme ne soit pas encore totalement élucidé, les chercheurs estiment que l'inflammation de l'intestin provoque à son tour l'inflammation d'une zone du cerveau qui joue un rôle de premier plan en matière de mémoire: l'hippocampe. Ce n'est pas la première fois que le lien entre le cerveau et le système digestif est mis en avant.

En 2015, des chercheurs français ont fait savoir que la neurostimulation électrique du nerf vague, qui relie le cerveau au système digestif, serait efficace pour limiter les réactions inflammatoires, comme le font les médicaments prescrits contre cette maladie. 

Alexandra Bresson