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Santé

Don du sang: l'EFS lance une nouvelle campagne de mobilisation face à un été qui s'annonce difficile

Une personne donne son sang, le 21 janvier 2021 à Toulouse.

Une personne donne son sang, le 21 janvier 2021 à Toulouse. - GEORGES GOBET © 2019 AFP

La lente remontée des stocks après la pénurie historique de février ne permet toujours pas d'appréhender la période estivale sereinement. Environ 70.000 poches de sang sont actuellement disponibles, là où il en faudrait 110.000.

C'est en cette Journée mondiale du don du sang que l'Établissement français du sang (EFS) a décidé de lancer sur les réseaux sociaux sa nouvelle campagne de mobilisation. Avec le hashtag #DonneursDeSangTousSoignants et aidé par des têtes d'affiche aussi connues que Valérie Lemercier et Daniel Auteuil, l'organisme entend pallier le manque chronique de poches de sang dans les stocks français.

En février dernier, l'EFS avait tiré la sonnette d'alarme. Après deux ans de crise sanitaire, les réserves avaient atteint un niveau historiquement bas, avec seulement 70.000 poches disponibles. Quatre mois plus tard, les stocks ont timidement remonté, pour atteindre les 80.000 produits sanguins en réserve. Mais comme l'a alerté ce mardi sur France info François Toujas, président de l'EFS, le compte n'y est toujours pas. De quoi faire craindre une période estivale compliquée.

"Ce qui est vrai, c'est que nous atteignons des seuils proches du niveau d'alerte. Ce matin, nous sommes à 80.000 poches en réserve. (...) L'objectif est d'atteindre 110.000 poches avant le 14 juillet, car durant l'été, les personnes donnent moins. Or, les maladies ne prennent pas de vacances. J'appelle à une mobilisation des donneurs potentiels", a-t-il déclaré.

Une crise conjoncturelle

Les difficultés auxquelles fait face l'EFS sont avant tout d'ordre conjoncturel. D'abord, la fin du printemps et les différents ponts qui jalonnent cette période viennent compliquer chaque année la collecte du sang, avec des donneurs moins mobilisés. Ensuite, la crise du Covid-19 est venue mettre un coup d'arrêt à certaines grandes campagnes. Dans les entreprises par exemple, le télétravail a rendu impossible le fait de venir collecter le sang des salariés donneurs.

"La situation épidémique a fortement interrogé notre capacité de collecte. (...) Elle a touché de deux manières le don du sang. On a mobilisé plus difficilement des donneurs, dont certains étaient malades, notamment avec Omicron. Et la fermeture des universités, des écoles, font que l'on a déployé moins de collectes, parfois un tiers en moins", a détaillé François Toujas.

Une dynamique renforcée par des Français et Françaises parfois réticents à se rendre en centre, de crainte de contracter le Covid-19 et son très contagieux variant Omicron, quand ils n'étaient pas cas-contacts ou malades.

Pénurie de personnel

La campagne lancée ce mardi, qui met également en avant des figures bien connues des moins de 30 ans, à l'image du rappeur et Youtubeur Mister V, a également pour mission de mobiliser la jeunesse. 30% des donneurs ont moins de 30 ans, selon les données transmises par l'EFS.

Mais d'autres problèmes pourraient venir compliquer les objectifs de l'EFS. D'abord, comme tout organisme de santé, l'établissement manque cruellement de personnels soignants, infirmiers et médecins. 150 postes ne sont actuellement pas pourvus au sein de l'EFS, comme l'a indiqué François Toujas. Pour tenter d'enrayer le phénomène, la télé-assistance médicale va être mise en place dans les centres, afin que la présence physique d'un médecin ne soit plus obligatoire.

La CFDT EFS a également tiré la sonnette d'alarme. Sur le compte Twitter du syndicat, un communiqué a été partagé, faisant état de quatre journées de grève dans les établissements de collecte de sang. En jeu, la question des rémunérations, qui ne seraient pas assez attractives.

"L’EFS n’arrive plus à recruter. Les stocks sont au plus bas! 3 premières positions en dessous du SMIC et la 4ème à quelques € au-dessus. Revalorisation des salaires minima conventionnels! Il y va de l’attractivité", indique le message.

Un risque concret pour les malades

Dans ce contexte déjà bien difficile, une énième complication est déjà scrutée par les professionnels de l'EFS. La variole du singe, cette zoonose qui se répand actuellement lentement en Europe, a la caractéristique d'être présente dans le sang du malade peu de temps après l'infection. Selon le dernier décompte de Santé Publique France, 91 cas sont confirmés sur le territoire national. Interrogée sur ce point par Libération, Pascale Richard, la directrice médicale de l'EFS, a confirmé que les malades et leurs cas-contacts ne pourraient donner leur sang durant une période déterminée.

"À ce jour, il n’y a pas de transmission connue de cette maladie par le sang ou les tissus. Mais, comme ce virus est présent quelques jours dans le sang durant la maladie, on s’interroge sur les risques. En attendant les recommandations nationales, les mesures conservatoires sont calquées sur l’avis rendu par l’Europe, à travers le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies: les personnes malades sont ajournées pendant 42 jours et leurs cas-contacts pendant 21 jours, durée d’incubation de la maladie", a-t-elle précisé.

Face à ces nombreuses difficultés, la plus grande vigilance est de mise. D'autant que les conséquences d'une pénurie de matériels sanguins sont bien réelles pour les malades. "On donne son sang car les malades en ont besoin. Et pour ces derniers, la capacité à trouver d'autres types de soins n'est pas possible. Ne pas avoir assez de sang, c'est donc prendre en charge moins de patients", avertit François Toujas.

Jules Fresard