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Didier Raoult aurait préféré une "recommandation" du masque en entreprise plutôt qu'une "obligation"

Le professeur Didier Raoult à Marseille, le 3 juin 2020

Le professeur Didier Raoult à Marseille, le 3 juin 2020 - Christophe SIMON © 2019 AFP

L'infectiologue estime que le caractère obligatoire du masque en entreprise pourrait être source de conflits. Une position comme souvent à contre-pied de celle de nombre de ses pairs.

Alors que le port du masque va se généraliser en entreprise dès le mois de septembre, le professeur Didier Raoult, controversé directeur de l'Institut Méditerranée-Infection de Marseille, a affirmé qu'il "aurait préféré qu'on reste à un niveau de recommandation plus que d'obligation." Selon lui, le caractère obligatoire du masque risque d'engendrer des situations de "conflits".

Un "risque de conflits"

"J'aurais préféré qu'on reste à un niveau de recommandation plus que d'obligation parce que j'ai peur que ça devienne encore quelque chose de clivant, de conflictuel", a-t-il précisé mercredi, lors d'un entretien sur Cnews.

"Si les masques peuvent rassurer c'est une chose, mais je suis inquiet qu'on fasse une fixation trop importante dessus, parce que maintenant c'est les gens qui vont vouloir faire la loi", a souligné Didier Raoult, et d'ajouter: "Il y a toujours un dictateur rentré dans beaucoup de gens qui voudraient imposer (...) Il risque d'y avoir des tensions, des bagarres."

"Il faut se calmer, faire des recommandations de bon sens je crois, mais je redoute, dans une société qui est aussi fragile et aussi nerveuse, toutes les mesures qui augmentent cette tension qui n'est pas justifiée par les nombres", a-t-il poursuivi.

Une position contestée

Si le directeur de l'IHU Méditerranée-Infection de Marseille a rappelé l'importance de l'hygiène des mains pour lutter contre la transmission du virus, il estime en revanche que "le masque ne joue pas qu'un rôle physique de protection", mais est un signal qu'"il y a une maladie contagieuse qui circule" et constitue un élément de protection important pour les soignants.

Un avis que ne partagent pas de nombreux professeurs et docteurs en médecine qui rappellent que la voie aérienne est "l'une des voies principales de propagation du Covid-19" et que les gestes barrières sont "insuffisants pour s'en prémunir". Une vingtaine d'entre eux ont ainsi signé une tribune publiée dans Libération le 14 août, intimant au gouvernement de rendre obligatoire le port du masque en entreprise et dans les écoles et universités.

"Le Sars-CoV-2 se transmet par l’air et ne pas rendre le masque obligatoire dans les salles de cours ou les amphithéâtres, dans les open spaces, les salles de réunion, les ateliers et les bureaux partagés n’est pas conforme aux données de la science et de l’OMS", écrivaient ces médecins.

Le masque obligatoire dans plusieurs villes

Mardi, Élisabeth Borne, s'est alignée sur les appels émis par les infectiologues en annonçant, à l'issue d'une rencontre avec les partenaires sociaux , que le port du masque serait obligatoire en entreprise, y compris dans les "open spaces". La ministre du Travail s'est notamment appuyé sur un récent avis du Haut conseil de la Santé publique pour justifier sa décision.

De nombreuses villes en France ont par ailleurs imposé le port du masque dans les lieux publics, à l'instar de Paris qui a récemment étendu l'obligation à une quarantaine de quartiers.

A Cannes, le maire LR David Lisnard l'a même imposé dans les espaces clos privés, comme les halls d'immeuble ou les locations saisonnières en cas de regroupement.

Maëllyss Hedin avec AFP