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Santé

Deux tiers des pesticides dans nos assiettes suspectés d'être des perturbateurs endocriniens

Des clients achètent des fruits et légumes au marché de Noailles à Marseille, le 13 décembre 2017.

Des clients achètent des fruits et légumes au marché de Noailles à Marseille, le 13 décembre 2017. - Boris Horvat - AFP

Après avoir épluché un rapport de l'Autorité européenne de sécurité des aliments, l'association Générations futures affirme que presque deux tiers des résidus de pesticides dans nos assiettes sont de potentiels perturbateurs endocriniens.

Que se trouve-t-il dans nos assiettes? Selon le dernier rapport de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) sur les résidus de pesticides dans les aliments, 96% des échantillons analysés en 2016 se trouvaient dans les limites légales et 51% étaient dépourvus de tout résidu quantifiable.

L'ONG Générations futures s'est précisément intéressée aux 49% restants, où des traces quantifiables de pesticides ont été détectées. Sur les 350 molécules présentes dans les 109.843 échantillons, l'association a cherché lesquelles avaient déjà été étudiées dans au moins un article scientifique soulignant des effets de perturbation endocrinienne grâce à la base de données TEDX, explique Le Monde

"Il n'existe pas de liste pour les perturbateurs endocriniens" comme c'est le cas pour les substances cancérogènes et cette base de données "est sans doute la plus complète", explique à l'AFP le directeur de l'ONG François Veillerette.

Deux tiers des résidus de pesticides suspectés d'être des perturbateurs endocriniens

Générations Futures a ainsi identifié 157 molécules présentes dans 69.433 résidus quantifiés (63% du total), ce qui lui fait dire que "plus de six résidus de pesticides sur dix quantifiés dans l'alimentation européenne sont des perturbateurs endocriniens suspectés".

L'Union européenne a adopté en décembre des critères de définition des perturbateurs endocriniens, avec des années de retard, mais sans convaincre les ONG. Lesquelles pointent du doigt des critères jugés trop restrictifs, puisqu'il faut non seulement démontrer qu'une substance est un perturbateur endocrinien et qu'elle a des effets négatifs, mais aussi démontrer son mode d'action.

Une notion de seuil de toxicité inadaptée

En outre, souligne Générations Futures dans son rapport, la notion de seuil de toxicité n'est pas vraiment adaptée au fonctionnement des perturbateurs endocriniens. 

"Les pesticides perturbateurs endocriniens ne répondent pas forcément au principe généralement admis en toxicologie classique selon lequel la dose fait le poison, et qu'en dessous d'un certain seuil il n'y a aucun effet toxique", explique l'ONG, soulignant qu'"avec les perturbateurs endocriniens, ce n'est pas la dose qui fait le poison mais plutôt la période d’exposition".

Une constatation reprise par l'Inspection générale des affaires sociales fin 2017. L'IGAS rappelait alors que "les recherches de ces dernières années confirment la dissociation entre la dose et l’effet des perturbateurs endocriniens, cumulée avec les effets dits 'cocktail', et remettent en question les raisonnements classiques de la toxicologie", souligne Le Monde.

Les perturbateurs endocriniens sont des substances ou des mélanges chimiques capables d'interférer avec le système hormonal. Ils peuvent avoir des effets négatifs sur la croissance, la fertilité, le comportement et être à l'origine de certains cancers.

L'ONG pour une meilleure prise en compte dans l'alimentation

Ces substances peuvent être présentes dans des détergents, des plastiques, des cosmétiques, des textiles, des peintures mais aussi certains pesticides. La France a adopté en 2014 une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens et a banni l'un des plus connus, le bisphénol A, des biberons et des contenants alimentaires.

Le second volet de cette stratégie est en cours d'élaboration. "Dans la version provisoire (de ce texte), il n'y a quasiment rien sur l'alimentation, ce qui nous choque", affirme François Veillerette, dont l'ONG demande que cette question, avec celle des emballages alimentaires, soit mieux prise en compte.

L.A., avec AFP