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Des médecins effectuent une 2e transplantation réussie du pénis

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Trois ans après une première transplantation de pénis, une équipe médicale sud-africaine a de nouveau procédé avec succès à une greffe du même type. Cette intervention permet au patient de retrouver ses fonctions urinaires mais aussi sexuelles en quelques mois.

En 2014, une équipe composée de médecins du Tygerberg Academic Hospital et de l'Université Stellenbosch en Afrique du Sud réussissait la toute première greffe de pénis. Trois ans plus tard, les médecins ont réitéré cet exploit avec succès.

L'opération d'une durée de neuf heures et demie a été réalisée sur un homme qui avait perdu son pénis il y a 17 ans en raison de complications après une circoncision. La mutilation pénienne est en effet plus fréquente en Afrique du Sud que partout ailleurs dans le monde pour cette raison: les experts estiment que jusqu'à 250 amputations partielles et totales ont lieu chaque année.

"Il est certainement l'un des patients les plus heureux que nous ayons vus dans notre quartier. Il va remarquablement bien. Il n'y a aucun signe de rejet et toutes les structures reconnectées semblent bien guérir", explique le Pr André van der Merwe. On s'attend à ce que qu'il retrouve ses fonctions urinaires et reproductives dans les six mois suivant la transplantation. Un écart de couleur entre le receveur et l'organe donneur sera corrigé avec un tatouage médical entre six à huit mois après l'opération".

Une procédure complexe

Le premier patient à avoir reçu une transplantation de pénis en 2014 se porte lui aussi "extrêmement bien, physiquement et mentalement" et ses fonctions urinaires et sexuelles sont revenues à la normale. La seconde transplantation réussie du pénis a été réalisée le 16 mai 2016, à l'Hôpital général du Massachusetts de Boston. Pour cette troisième intervention, le pénis entier du donneur a été soigneusement disséqué pour garder les vaisseaux sanguins, les nerfs, les muscles et les autres structures de connexions intactes.

Ces différents types de tissus ont ensuite été reliés aux tissus du destinataire pendant la transplantation, une procédure complexe connue sous le nom de transplantation de tissus composites. Les chirurgiens ont relié trois vaisseaux sanguins pour assurer un débit sanguin suffisant pour l'organe transplanté. Ils ont également relié deux nerfs pour rétablir la sensation, l'urètre, qui permet au patient d'uriner à travers le pénis, ainsi que les corps caverneux du pénis pour lui permettre d'obtenir une érection.

C'est grâce à la micro-chirurgie que les petits vaisseaux sanguins et les nerfs ont été reliés. "La présentation diversifiée des vaisseaux sanguins et des nerfs rend l'opération très difficile et signifie que chaque cas est unique. Toutes ces structures doivent être traitées avec la plus grande délicatesse et le même respect afin d'être parfaitement connectées pour assurer une bonne circulation et fonctionner longtemps à terme", explique le Dr Alexander Zühlke, spécialiste en chirurgie plastique.

Une option plus avancée et plus fiable

La dernière étape de cette démarche consiste à réaliser une pigmentation micro-cutanée, ou tatouage médical reconstructif, car dans ce cas précis, il existe un écart de couleur entre le donneur et le receveur. Enfin, pour que le corps du receveur ne rejette pas l'organe implanté, ce dernier devra prendre un médicament dit immunosuppresseur pendant le reste de sa vie, même avec un rétablissement complet.

Cette opération est la troisième option chirurgicale proposée aux patients dans ce domaine. Les médecins peuvent pratiquer une reconstruction du pénis grâce à une procédure appelée transfert de tissus: la peau et des tissus du bras sont prélevés pour reconstruire un pénis. Deuxième option plus aboutie car permettant des rapports sexuels, l'implantation d'une prothèse mais celle-ci coûte cher et n'est pas sans risque d'importantes complications.

Quant à la greffe de pénis, son principal défi repose sur le don d'organe. "Je pense que le manque de transplantation de pénis à travers le monde depuis que nous avons effectué la première opération en 2014, est surtout dû au manque de donneurs. Il pourrait être plus facile de faire don d'organes que vous ne pouvez pas voir, comme un rein, plutôt qu’une main ou un pénis", indique le Pr Van der Merwe.

Alexandra Bresson