BFMTV

Des héros désormais pointés du doigt: la vaccination des soignants dans le viseur de l'exécutif

La vaccination des personnels soignants est au coeur des débats alors que seul un tiers d'entre eux a reçu le précieux sérum. Le ministre de la Santé envisage de leur imposer la vaccination obligatoire.

Prioritaires pour la vaccination contre le Covid-19, les soignants ne se pressent pas pour en bénéficier: seuls 30% des personnels de santé ont été vaccinés, dont 40% en Ehpad. Présentés comme des "héros en blouse blanche" au début de la crise sanitaire, ils sont désormais pointés du doigt par certains. Jeudi soir, le Premier ministre Jean Castex les a appelés "solennellement" à se faire vacciner "très rapidement", pour permettre le retour d'une "vie sociale apaisée" dans ces établissements et un assouplissement "du droit de visite pour les familles".

Le ministre de la Santé prévoit quant à lui d'écrire "une lettre à l'ensemble des soignants de notre pays pour les inciter très fortement à se faire vacciner. Et si ça ne suffisait pas, alors nous pourrions envisager une saisine du Comité consultatif national d'éthique", a prévenu Olivier Véran, n'excluant pas d'avoir recours à la vaccination obligatoire pour cette catégorie professionnelle. Une solution encouragée par plusieurs médecins.

"On ne peut plus accepter que des personnels refusent la vaccination", a lancé le Pr François Chast mardi sur France Inter. Pour cet ancien chef de la pharmacie de l'hôpital Necker à Paris, la piqûre "fait partie des bonnes pratiques", au même titre que "le port de la charlotte, du masque ou de la blouse pendant les soins".

Augmentation des clusters dans les hôpitaux

Sachant que l'injection est potentiellement efficace pour limiter les contaminations, "si cette prévention n'est pas faite, elle devient une faute professionnelle", a-t-il asséné alors que le Covid-19 est devenu la première maladie nosocomiale de France, c'est-à-dire contractée dans un établissement de santé: dans 34% des cas, la contamination venait d'un soignant.

Les soignants "sont là pour soigner les gens, pas pour les contaminer", souligne Gérard Raymond, président de France Assos Santé, pointant une recrudescence des "clusters de Covid dans des hôpitaux".

Lui aussi favorable à cette option, le Pr Gilles Pialoux a rappelé lundi sur France Info que ce ne serait "pas la première vaccination obligatoire" pour les personnels des hôpitaux et des Ehpad, déjà tenus d'être immunisés contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et l'hépatite B. Pour le chef du service d'infectiologie de l'hôpital Tenon à Paris, la contrainte permettrait de surmonter "une défiance qui est celle d'une partie de la société".

Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), juge lui aussi qu'il ne serait "pas anormal d'inscrire le Covid à la liste des vaccins obligatoires" pour les soignants, au moins pendant la durée de l'épidémie.

Réticences à l'AstraZeneca

Mais les soignants enclins à se faire vacciner refusent de recevoir le produit du laboratoire AstraZeneca qui leur est destiné.

"Donnez-nous du Pfizer! Nous sommes très exposés et donc nous souhaitons bénéficier du meilleur vaccin et non pas de celui qui est le moins efficace", lance au micro de BFMTV Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers.

Pourtant, selon les récentes études, le sérum britannico-suisse confère une protection quasiment similaire à celle offerte par les vaccins de Pfizer ou de Moderna. Mais l'option de la contrainte reste un obstacle pour la vice-présidente de la région Île-de-France chargée de la santé.

"J'ai peur qu'il y ait un rejet et ce n'est pas comme ça qu'on avance. Il faut de la concertation et de la discussion", estime l'élue Farida Adlani, par ailleurs infirmière.

"Je n'aime pas les obligations"

"Je n'aime pas les obligations", rétorque Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français, considérant que la vaccination "est plutôt de l'ordre de l'éthique et de l'engagement professionnel".

La réticente à la vaccination n'est pas nouvelle dans le milieu médical. Elle se pose chaque année pour la grippe, contre laquelle environ trois quarts des médecins, un tiers des infirmiers et un cinquième des aides-soignants étaient protégés durant l'hiver 2018-2019, selon Santé publique France. Des chiffres qui ne font cependant pas la distinction entre "des taux très bas" pour les salariés et des libéraux qui "se vaccinent beaucoup plus", autour de 60%, d'après Daniel Guillerm.

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV