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Dermatite de contact: des chercheurs sur la piste d'une meilleure tolérance

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- - iStock - dolgachov

Dans le cas de certaines réactions allergiques, consommer un allergène peut prévenir des réactions cutanées inflammatoires à ce même allergène: on parle de "tolérance orale". Une équipe de chercheurs français apporte quelques éléments de réponse aux mécanismes impliqués dans ce phénomène, ouvrant peut-être la voie vers une prise en charge de la dermatite de contact.

Pour les personnes qui souffrent d'eczéma de contact ou dermatite de contact, il suffit le plus souvent d'effleurer une plante ou d'utiliser un produit chimique (parfum, colorant, détergent...) pour voir sa peau rougir, gonfler, voire se mettre à suinter. Il s'agit en effet d'une réaction exacerbée à de petites molécules irritantes ou allergisantes, une réaction allergique qui survient même en l'absence de terrain génétique favorisant l'allergie.

Mais il est possible de la prévenir en absorbant de l'allergène par voie orale, un phénomène appelé "tolérance orale". Des chercheurs de l'Inserm* ont voulu savoir quels sont les mécanismes qui expliquent cette insensibilité locale et comment celle-ci se transmet à l'organisme entier. Pour répondre à ces questions, l'équipe de chercheurs a utilisé des souris dont la peau de l'oreille réagit au contact du dinitrofluorobenzène (DNFB), une molécule fortement allergisante capable d’induire un eczéma de contact, sauf si leur nourriture en contient.

"Nous avions déjà démontré la contribution de l'axe intestin-foie dans le blocage de la réponse immunitaire allergique, et en particulier le rôle des cellules dendritiques. D'autres équipes ont pour leur part souligné le rôle régulateur du microbiote intestinal.", souligne Dominique Kaiserlian, du Centre international de recherche en infectiologie de Lyon. Il s'agissait donc de déterminer les rôles respectifs de ces différents acteurs.

Une possibilité d'intervention

Les chercheurs se sont en particulier intéressés aux récepteurs cellulaires appelés TLR4 impliqués dans le mécanisme de l'immunité. Ils ont pour cela utilisé différentes lignées de souris dont certaines étaient dépourvues de flore intestinale ou du gène de TLR4. Résultat: pour que l'absorption du dinitrofluorobenzène rende les souris insensibles à l'application de ce même allergène sur les oreilles, il faut que ces animaux soient pourvus d'un microbiote intestinal et possèdent le gène de TLR4.

En effet, l'immunité est possible si ces récepteurs cellulaires sont présents sur des cellules bien précises nées dans la moelle osseuse appelées cellules dendritiques (cellules du système immunitaire). Le gène de TLR4 se révèle indispensable pour que ces cellules dendritiques qui offrent une tolérance immunitaire puissent migrer de la muqueuse intestinale vers les ganglions lymphatiques, qui jouent un rôle clé dans le système immunitaire.

Il permet en particulier d’assurer la dernière phase de la mission de ces cellules: la présentation de l'allergène à des lymphocytes régulateurs qui vont alors modérer la réponse immunitaire allergique cutanée. Ce mécanisme de "tolérance orale" se dessine donc, même s'il reste des zones d'ombre. Ainsi, les chercheurs ne savent pas si ces récepteurs indispensables doivent être seulement présents sur les cellules dendritiques ou sur d'autres cellules du système immunitaire.

Par ailleurs, les chercheurs ne savent toujours pas par quels mécanismes le microbiote intestinal intervient. Mais ces résultats suggèrent déjà la possibilité de traitements oraux contre la dermatite de contact, en trouvant des molécules capables de se lier à TLR4. "Il ne faut pas oublier que la dermatite de contact est une maladie professionnelle assez fréquente, par exemple chez les coiffeurs manipulant des teintures ou les maçons exposés au chrome du ciment.", conclut Dominique Kaiserlian.

*Institut national de la santé et de la recherche médicale 

Alexandra Bresson