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Déconfinement: à quoi va ressembler l'enquête épidémiologique annoncée par le gouvernement?

Un scientifique effectue un test clinique dans le laboratoire d'immunologie d'UW Medicine à la recherche d'anticorps contre le SRAS-CoV-2, le 17 avril 2020 à Seattle.

Un scientifique effectue un test clinique dans le laboratoire d'immunologie d'UW Medicine à la recherche d'anticorps contre le SRAS-CoV-2, le 17 avril 2020 à Seattle. - KAREN DUCEY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

La grande enquête épidémiologique promise par le gouvernement se dévoile. A partir de ce jeudi, plusieurs milliers de Français volontaires vont être soumis à des tests sérologiques ainsi qu'à un questionnaire en ligne ou par téléphone, de manière à évaluer dans quelle proportion la population française a été touchée par le Covid-19.

À l'approche de la date du début de déconfinement fixée au 11 mai, les contours de la grande enquête épidémiologique du ministère de la Santé et de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) se précisent. 

Ce projet d'étude épidémiologique et statistique, intitulé EpiCOV, consistera à collecter massivement des données sur un échantillon de la population française afin de déterminer qui, au sein de celle-ci, a été atteint - même à son insu - par le Covid-19 et peut donc avoir une immunité, et qui ne l'a pas contracté.

  • 200.000 Français interrogés par téléphone dès jeudi

A partir de ce jeudi 30 mars et jusqu'au 24 mai prochain, 200.000 Français vont être interrogés par téléphone, afin de "documenter les effets de cette épidémie sur les conditions de vie de nos concitoyens", explique le gouvernement sur son site Internet. Ces milliers de personnes seront invitées à répondre à un questionnaire (en ligne ou téléphonique) d’une durée de 20 à 30 minutes.

Le gouvernement précise également que l'échantillon de Français interrogés (âgé de 15 ans ou plus) sera sélectionné aléatoirement par l'INSEE en France métropolitaine, mais aussi en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion. 

"Leurs réponses seront traitées de manière confidentielle par les équipes de recherche, dans le respect de la réglementation en vigueur", précise encore le site. 
  • 100.000 tests sérologiques à réaliser soi-même

En parallèle, 100.000 tests sérologiques à réaliser chez soi vont être proposés à des personnes volontaires (contactées dans le cadre de ce questionnaire) de manière à quantifier la proportion de personnes ayant développé des anticorps en réaction au virus SARS-CoV2.

Ces personnes qui l’accepteront seront ainsi amenées "à réaliser à leur domicile un prélèvement de quelques gouttes de leur sang, qui sera renvoyé par la Poste pour déterminer s’il y a eu contact avec le virus", explique le ministère de la Santé.

Contrairement aux tests PCR qui ne sont réalisés que sur des personnes présentant des symptômes du Covid-19, les tests sérologiques ont pour but de détecter des traces d'anticorps produits par le système immunitaire en réaction au coronavirus. La présence ou l'absence d'anticorps permettra ainsi de savoir précisément qui a été contaminé par le virus, y compris des personnes ne présentant aucun symptôme, et qui n'a pas été en contact avec le virus.

  • Connaître la proportion de personnes infectées

L'idée de cette grande étude épidémiologique est de connaître au plus près le degré de pénétration du coronavirus au sein de la population française depuis le début de l'épidémie, et d'en suivre l'évolution dans le temps.

"Le projet EpiCOV est une large étude épidémiologique, adossée à une grande enquête statistique, proposant de fournir une cartographie globale et scientifiquement fiable du statut immunitaire de la population et de sa dynamique, sur l’ensemble du territoire, via la collecte d’échantillons biologiques couplée à des questionnaires", détaille le site gouvernemental.
Selon le ministère de la Santé, il s'agit "d'enjeux majeurs (...) pour appuyer l’élaboration des stratégies de déconfinement et de prévention les plus adaptées, permettre la détection précoce de toute reprise épidémique et, sur le plus long terme, suivre l’efficacité des mesures prises".

En clair, au terme de cette étude, la France devrait être divisée entre les personnes immunisées et les autres, encore vulnérables. Cela donnerait des indications sur les précautions à prendre en fonction du résultat.

Mais ce projet ambitionne également de définir la fréquence des symptômes du Covid-19, d'en savoir plus sur l'évolution de la santé des personnes infectées, de nourrir les données nationales concernant l'immunité de la population, ou encore d'évaluer le nombre de personnes contaminées et asymptomatiques sur le territoire.

  • Les premiers résultats connus fin mai

"Des premiers résultats à partir des réponses aux questionnaires devraient être disponibles à l’échelle nationale à la fin du mois de mai", indique déjà le ministère. Mais les résultats des prélèvements biologiques, eux, ne pourraient être révélés qu'à partir de la fin du mois de mai.

Les résultats des tests sérologiques "seront donnés au plus tôt, en fonction de la disponibilité de tests sérologiques qualifiés, actuellement en cours de développement, et de la capacité des plate-formes de test, à partir de fin mai", prévient le ministère de la Santé.
  • Une deuxième vague de dépistage prévue en juin

Cette première enquête épidémiologique et statistique pourrait bien être la première d'une longue liste. Le ministère de la Santé prévient qu'après cette enquête du mois de mai, une seconde se prépare pour le mois de juin, et précise que "l'opération pourra être répétée régulièrement pour suivre la dynamique de l’épidémie et l’évolution des conditions sanitaires et sociales dans le pays, dans tous les territoires, toutes les classes d’âge, tous les grands groupes sociaux."

Jeanne Bulant