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Crash A320: "Le coup de folie est toujours lié au passé psychologique"

Selon des dernières révélations de presse, Andreas Lubitz avait connu par le passé un état dépressif sérieux.

Selon des dernières révélations de presse, Andreas Lubitz avait connu par le passé un état dépressif sérieux. - Times

Victime de dépression par le passé selon les dernières révélations, Andreas Lubitz, le copilote de l'Airbus A320, soupçonné d'avoir délibérément provoqué le crash de l'avion, mardi, dans les Alpes-de-Haute-Provence, avait-il préparé son acte?

Acte prémédité, coup de folie, pulsion suicidaire? Pour l'heure, les raisons qui ont poussé Andreas Lubitz, le copilote de l'Airbus A320 de la Germanwings, à envoyer l'avion se fracasser contre la montagne, sont encore inconnues. Mais les dernières révélations de l'enquête font que la thèse de l'acte délibéré est privilégiée. Ce vendredi, le quotidien allemand Bild a révélé que le jeune homme de 28 ans avait un passé dépressif sérieux, qui l'avait notamment amené à interrompre sa formation de pilote pendant six mois, en 2009. Sous traitement médical depuis ce burn-out, Andreas Lubitz semblait donc psychologiquement fragile. Au point de commettre un tel acte suicidaire? Explications avec Samuel Lepastier, psychiatre et directeur de recherche en psychanalyse à la Sorbonne, interrogé sur BFMTV.

> L'acte du copilote est-il un acte prémédité ou un coup de folie?

"Cela peut être les deux. Il peut s'agir d'un fantasme qui est resté latent toute une vie. Ou bien un basculement à un instant T. S'il y a bien quelque chose d'avéré, c'est le coup de folie, et celui-ci est en rapport avec le passé de la personne. Ce que l'on fait à ce moment là, au moment du coup de folie, est en effet toujours en relation avec la vie psychologique antérieure".

> Comment expliquer ce phénomène de basculement soudain?

"Il se peut que, dans des circonstances particulières, ce qui était au fond imaginaire, bascule. On peut aussi dire, d'une façon assez simple, que ce type de comportement délirant, si c'en est un dans le cas du copilote de l'A320, est un peu comme un rêve éveillé. Nous rêvons tous, la nuit, de choses tout à fait folles, et dans certaines circonstances où le sujet est affaibli, ce qui était rêve interne devient mise en scène externe". 

> Y avait-t-il un moyen de prévenir un tel geste?

"En psychiatrie, tout est subjectif. Nous n'avons aucun examen objectif qui nous permette d'affirmer à coup sûr que quelqu'un est perturbé, et va passer à l'acte. Nous n'avons comme seul élément à notre disposition que ce que dit un patient, que nous devons ensuite interpréter, avec toutes les hypothèses possibles".

> Il n'est donc pas anormal que le commandant de bord, qui se trouvait avec le copilote quelques instant avant le crash, n'ait rien vu venir?

"Bien sûr, peut-être qu'il n'y avait rien à voir venir. Il pouvait parfaitement être dans les limites de la normale, en discutant avec son supérieur, et disjoncter au moment où il se retrouve seul. Il peut tout à fait basculer brusquement dans une bouffée délirante, et agir dans une logique qui est celle du délire. Le facteur déclenchant peut être tout à fait minime: le fait de se retrouver seul ou encore le fait que la vue des montagnes provoque un déclenchement de délire. S'il y avait une troisième personne dans le cockpit, il aurait peut-être pu être contenu".