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Covid-19: une infection sur deux se produit avant l’apparition des symptômes

Test PCR (image d'illustration)

Test PCR (image d'illustration) - AFP

Une équipe de Santé publique France a passé en revue vingt-huit revues ou études scientifiques. Selon cette synthèse, une transmission sur deux survient avant l’apparition de symptômes.

Le taux d'asymptomatiques. C'est un des sujets encore mal connus autour du Covid-19. Une équipe de Santé publique France s'est penchée sur la question et a passé au crible vingt-huit revues ou études scientifiques. Selon cette synthèse, près d’un quart des infections par le SARS-CoV-2 restent asymptomatiques.

Autre enseignement intéressant: dans des foyers épidémiques circonscrits, une transmission sur deux survient avant l’apparition de symptômes chez le premier patient. Stéphane Le Vu, épidémiologiste à Santé publique France a d’abord été marqué par une confusion: "Au départ, la littérature ne distinguait pas bien asymptomatiques (c’est-à-dire sans symptômes, NDLR), et présymptomatiques (qui ne présentent pas encore de symptômes, NDLR). Or ce n’est pas la même chose. Cette synthèse a aussi pour but de séparer ces deux notions", nous explique-t-il.

Deux questions ont alors été formulées: "Quelle est la part des formes asymptomatiques des infections à SARS-CoV-2?" et "Que sait-t-on de la transmission du SARS-CoV-2 en phase pré-symptomatique?"

Pour répondre à la première interrogation, l’équipe de Santé publique France a passé en revue dix études, avec le souci de séparer "celles où l’on ne sait pas si ce sont des personnes en phase d’incubation qui vont développer des symptômes plus tard, et celles qui assurent un suivi suffisamment long pour s’assurer qu’elles restent asymptomatiques", résume Stéphane Le Vu. Seules cinq ont été retenues car elles faisaient cette distinction.

"Un contaminé sur quatre n’aura jamais de symptômes"

"Par exemple, celle du Diamond Princess (un paquebot de croisière, avec 3711 passagers mis en quarantaine au Japon, ndlr), le suivi était assez long pour s’assurer que les personnes qui ne présentaient pas de signes n’en ont pas fait par la suite", poursuit le spécialiste des épidémies.

Au final, d’après les cinq études, la synthèse conclut à une estimation de 24,3% de formes asymptomatiques chez les personnes atteintes par le virus de la Covid-19. "Autrement dit, un contaminé sur quatre n’aura jamais de symptômes. Il est bien possible d’ailleurs qu’il ne sache même pas qu’il a été infecté", note Stéphane Le Vu.

Sur la seconde question, à savoir ce que représente la transmission du virus par des personnes avant même qu’elles ne présentent le moindre signe de maladie, elle a été soupçonnée dès février. Soupçonnée, car difficile à prouver:

"Ces situations ne présentaient pas une contamination certaine par un cas assurément asymptomatique. Les deux faits sont difficiles à avérer, le cas secondaire pouvant avoir plusieurs patients source possibles et le caractère asymptomatique d’une infection dépendant de l’exhaustivité du recueil d’information et du suivi", relève Santé publique France.

Plusieurs éléments ont été regardés de près dans dix-huit études ou revues scientifiques. Le premier est biologique. Il consiste à observer la cinétique de l’excrétion, c’est-à-dire la production du virus et la charge virale par rapport à l’apparition de symptômes. Cette production de virus est plus importante à l’apparition des symptômes ; et elle peut la précéder de deux à trois jours, ce qui rend possible la transmission avant symptômes.

"Une infection sur deux avant l’apparition de symptômes"

Le deuxième facteur observé est théorique, et chronologique. "Nous avons la preuve que des symptômes peuvent apparaître chez le cas secondaire alors que le patient source supposé n’en a pas encore développé", estime Stéphane Le Vu.

Le spécialiste se fonde sur l’étude de l’intervalle générationnel, c’est-à-dire du temps qui sépare l’infection du premier et d’un second cas (3 à 4 jours environ). Si cette durée est plus courte que le temps d’incubation (5 jours en médiane estimés entre l’infection et la déclaration de symptômes), cela accrédite la possibilité d’une transmission avant symptômes.

Après analyse de cette intervalle, et de binômes infectant-infecté, la synthèse estime la part des transmissions durant la phase pré-symptomatique autour de 50 %. Soit une infection sur deux. "Ces 50% s’appliquent quand on regarde de façon active une population fermée, comme un foyer familial où l’on peut tester tout le monde et où les cas sont isolés dès l’apparition des signes", précise l’épidémiologiste

La synthèse de Santé publique France ajoute: "Dans un contexte d’épidémie généralisée où l’isolement des cas et le traçage des contacts sont moins intenses, la part des transmissions pré-symptomatiques est certainement moins importante".

Pour l’agence sanitaire, cette estimation indique que les mesures de distanciation et le port du masque ne doivent pas être réservées aux personnes avec symptômes. Autre enseignement : lorsqu’un cas est confirmé, l’identification des cas contacts doit être rapide, et l’enquête épidémiologique doit inclure les potentielles transmissions "dans les deux ou trois jours avant l’apparition des signes chez un cas".

Par Margaux de Frouville