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Covid-19: pour Alain Fischer, l'immunité collective est devenue "un challenge très ambitieux"

Le professeur Alain Fischer lors d'une conférence de presse gouvernementale en février 2021.

Le professeur Alain Fischer lors d'une conférence de presse gouvernementale en février 2021. - STEPHANE DE SAKUTIN

La capacité de transmission du variant Delta remet en cause l'objectif d'une immunité collective prochaine, selon Alain Fischer qui appelle toujours à la vaccination "pour recouvrer une vie normale et limiter les maladies graves".

C'est l'objectif brandi par les scientifiques depuis le début de la crise sanitaire: l'immunité collective contre le Covid-19, obtenue par l'infection ou la vaccination d'une grande majorité de la population contre le virus, apparaît comme la meilleure porte de sortie pour en terminer avec cette épidémie. Problème: plus le temps s'écoule, plus le risque de voir de nouveaux variants émergé est important. Or, l'arrivée ces derniers mois des variants Alpha puis Delta ont fait revoir à la hausse le pourcentage de personnes immunisées qu'il faudrait atteindre pour accéder à ladite immunité collective. Fixé à 60% à la fin 2020, ce taux a grimpé jusqu'à 80% pour être de nouveau relevé à 90% ces dernières semaines.

Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, qui évoquait début août la possibilité d'atteindre ces fameux 90% d'ici le début de l'automne, ne cache d'ailleurs plus ses doutes quant à notre capacité d'atteindre ce cap:

"La vision que l'on peut avoir de l'immunité de groupe aujourd'hui n'est malheureusement pas celle d'il y a dix-huit ou même six mois" a estimé le "Monsieur Vaccin" du gouvernement dans les colonnes du Journal du dimanche.

La transmission du variant Delta "bien plus importante"

En cause, le variant Delta et sa capacité de transmission "bien plus importante" que les autres mutations du virus. "Le vaccin ne confère une protection complète ni contre l'infection ni contre la transmission" a ainsi précisé Alain Fischer.

Des propos qui trouvent écho aux résultats préliminaires d'une étude menée par des chercheurs de la fédération hospitalo-universitaire et de recherche américaine Mayo Clinic, qui soulignent les limites des deux vaccins à ARN messager face au variant Delta. Dans le détail, selon leurs conclusions, le vaccin Moderna réduit le risque d'hospitalisation de 76%, et le Pfizer de 75%, et le risque d'infection de 76% pour le premier et "seulement" de 42% pour le second. De facto, le variant désormais majoritaire sur le territoire français, s'avère alors plus résistant aux vaccins que le variant Alpha.

"Si l'immunité de groupe peut être atteinte ou non, je ne sais pas, c'est devenu un challenge très ambitieux que je ne trancherai pas" reconnaît aujourd'hui Alain Fischer, avant d'ajouter: "Mais ça ne change rien à notre stratégie, qui est de limiter la circulation du virus dans l'intérêt de tous."

Si la vaccination ne protège que partiellement contre l'infection, elle limite la transmission du virus et prévient contre les formes graves de la maladie. 85% des personnes alitées en soins critiques du 26 juillet au 1er août étaient non-vaccinées, d'après le dernier rapport de la DREES publié vendredi.

Ce qui fait dire à Alain Fischer, pour conclure, que "la vaccination au nom de la collectivité reste complètement pertinente. S'approcher de cette immunité permettrait déjà de recouvrer une vie normale, de limiter les maladies graves et la saturation des hôpitaux".

Emilie Roussey