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Covid-19: les variants brésilien et sud-africain ont-ils vraiment "tendance à régresser" en métropole?

Les variants brésilien et sud-africain représentent selon les dernières données 4,2% des contaminations en France. Le chiffre stable est relativement stable au niveau nationale, mais augmente dans certaines régions.

En visite à l'aéroport de Roissy ce dimanche, Jean Castex a évoqué le cas des variants sud-africain et brésilien. Durant ce déplacement destiné à mettre en avant le nouveau protocole pour les voyageurs en provenance de pays à risque, le Premier ministre a affirmé que ces variants "non seulement sont très peu nombreux sur le territoire national mais ont même tendance ces dernières semaines à régresser", en soulignant qu'il était "impératif de tenir cette ligne".

Mais cette affirmation, qui concerne seulement la France métropolitaine, est contredite par les chiffres de ces derniers jours: les statistiques ont plutôt tendance à montrer une légère progression de ces variants, notamment dans certaines régions, même si leur taux reste encore très bas.

"Ils augmentent, il n'y a pas de baisse pour le moment"

Dans son dernier bilan hebdomadaire, Santé Publique France ne parle pas de régression quant à ces deux variants, mais de "résultats stables". Sur la dernière semaine prise en compte (du 16 au 22 avril), 4,8% des tests de criblage étaient positifs aux variants brésilien ou sud-africain. Le chiffre était tombé à 3,8% pour la période du 6 au 12 avril.

On peut malgré tout parler d'une légère diminution en comparant ces données avec celles de mars: le 4 mars Santé Publique France notait ainsi un taux de 6,3% pour ces deux mutations. Mais "on sait que ces variants sont présents sur le territoire, et qu'ils augmentent, il n'y a pas de baisse pour le moment" explique ce lundi sur BFMTV l'épidémiologiste Mircea Sofonea.

"Ça a augmenté quand même au cours des dernières semaines. On peut être inquiet parce que ce sont des variants qui sont susceptibles de contourner l'immunité acquise naturellement ou par certains vaccins", notait également ce lundi matin sur BFMTV Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

Dans un avis du 16 avril, le Conseil Scientifique alertait déjà sur le "niveau de transmission élevé" du variant brésilien, écrivant qu'un "risque d’extension du variant BR-P1 doit être pris en compte durant l’été 2021, si on observe une baisse du variant" britannique.

"10% en région parisienne"

La progression toutefois est "contenue", précise Mircea Sofonea: "Ce n'est pas une explosion comme on avait pu le craindre pour le variant britannique, parce que le variant britannique avait augmenté très largement en l'espace de quelques semaines." Ce dernier reste en effet pour l'heure largement majoritaire en France métropolitaine: au 22 avril, il représentait 82,3% des tests criblés.

Mais "localement on a vu que le variant sudaAfricain a pu augmenter de façon importante", continue le chercheur. "Ça a été le cas par exemple en Moselle, et on parle d'autres départements aujourd'hui comme la Haute-Saône". S'il explique que le variant britannique est "ultra-majoritaire" dans l'Hexagone, il observe "une légère tendance à la régression par endroits, à la faveur du variant sud-africain".

"Le variant brésilien, le variant sud-africain et ceux qui ont acquis certaines mutations à risque de contourner l'immunité, représentent 10% (des contaminations) en région parisienne", relève Éric Caumes, un pourcentage qu'il a vu augmenter ces dernières semaines. À Paris, ces deux variants représentent 8,9% des contaminations selon les derniers criblages, un chiffre qui descend à 5,6% dans le Val-d'Oise, mais monte à 12,7% dans le Val-de-Marne.

Il faut noter que pour le moment, si la proportion de ces variants augmente, cette hausse est légère et représente un petit volume de contaminations comparé aux nombre de personnes infectées par le variant britannique.

"La question clef aujourd'hui c'est va-t-on se réinfecter? Oui c'est probable à cause des variants. Mais est-ce que cette réinfection sera grave ou est-ce qu'elle permettra encore de renforcer l'immunité ?", interroge Eric Caumes.

La situation est différente en outre-mer. En Guyane et à la Réunion, Santé Publique France a enregistré une "forte proportion de suspicions" des variants brésiliens et sud-africains, qui ont dépassé en proportion la variant britannique. Ces deux mutations représentent 57,3% à La Réunion, et jusqu'à 80,3% en Guyane.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV