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Covid-19: la quatrième vague a-t-elle déjà un impact sur l'hôpital?

Le nombre de personnes hospitalisées et en réanimation est en baisse depuis plusieurs semaines au niveau national. Mais la remontée soudaine et importante des contaminations fait craindre le pire aux professionnels de santé, qui redoutent des répercussions sur l'hôpital.

Le calme avant la tempête? La situation hospitalière semble, pour le moment, maîtrisée en France, mais l'augmentation continue des nouveaux cas positifs de Covid-19 fait craindre le pire. Car un décalage temporel, de quinze jours à trois semaines, intervient généralement entre le moment où les personnes sont contaminées et celui où elles arrivent à l'hôpital ou en réanimation.

"On sait que ça va remonter. (...) Il y a une course contre la montre", a estimé, avec gravité, Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF), ce jeudi soir sur notre plateau.

Ce jeudi, le nombre quotidien de nouveaux cas de Covid-19 a grimpé au plus haut depuis le début mai, à près de 22.000, selon les chiffres publiés jeudi par Santé publique France. Le taux de positivité ne cesse de monter lui aussi, s'établissant à 3,2% (sur sept jours, à J-3), soit un demi-point de hausse en un seul jour.

Le taux d'incidence en France pour 100.000 habitants sur une semaine a également dépassé les 100 ce jeudi, atteignant 108,1, selon les dernières données mises en ligne par la plateforme Géodes. Ce n'était pas arrivé depuis la semaine du 25 au 31 mai.

Une situation encore stable

Au niveau national, la multiplication des cas positifs ne se répercute cependant pas encore sur le secteur hospitalier: 6832 patients sont actuellement hospitalisés et 868 sont soignés en réanimation. Si les chiffres continuent toujours de baisser, la baisse est beaucoup moins marquée qu'il y a quelques semaines.

En un mois, entre le 1er juin et le 30 juin, le nombre de personnes hospitalisées a presque diminué de moitié, passant de 16.088 à 8451. Entre le 1er juillet et aujourd'hui, les hospitalisations sont seulement passées 8232 à 6832, soit environ 2000 persones en moins.

Idem pour les patients en réanimation. Entre le 1er juin et le 30 juin, les malades en soins intensifs sont passés de 2825 à 1204, soit une baisse d'environ 1600 personnes. Le 1er juillet, 1162 de lits étaient occupés en réanimation, 868 ce 22 juillet, soit une baisse d'environ 300 malades.

>> INFOGRAPHIES. Cas, hospitalisations, morts: les chiffres de l'épidémie de Covid-19 en France

Les nouvelles admissions à l'hôpital et en réanimation progressent quant à elles. En moyenne, 200 nouvelles personnes entrent à l'hôpital chaque jour, contre 113 début juillet. Idem concernant les soins critiques. Après avoir baissé jusqu'au 11 juillet, la moyenne des nouvelles entrées en réanimation s'est mise à stagner avant de réaugmenter ces derniers jours: on est passé d'une vingtaine de nouvelles admissions au début du mois à une quarantaine cette semaine.

Quant au nombre de morts rapportés chaque jour à l'hôpital, il stagne en moyenne autour de 16-17 et ne diminue plus aussi fortement qu'en juin.

Des situations disparates selon les régions

Mais dans certaines régions, plus touchées par le variant Delta, la situation est différente. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, "le taux d'incidence est en hausse dans tous les départements", note l'Agence Régionale de Santé dans son point du 21 juillet.

Dans le Var, le variant Delta "représente aujourd'hui la quasi-totalité des cas de Covid-19, et par ailleurs sa grande contagiosité se traduit dans l'accélération rapide de l'épidémie", a expliqué Serge Jacob. Au niveau national, il représente, selon les derniers chiffres, environ 80% des tests criblés. Le taux d'incidence est passé d'environ 40, la semaine dernière, à plus de 100 cette semaine.

Et cette augmentation de la circulation du virus commence à se faire ressentir à l'hôpital. "La pression sur le système sanitaire connaît une légère augmentation, après une phase de décrue", écrivait l'ARS mercredi dans une lettre à la préfecture. En une semaine, 11 nouvelles personnes ont été admises à l'hôpital, une en réanimation et 7 sont mortes. Avec ces décès, le département a franchi la barre des 1500 morts du Covid-19 depuis le début de l'épidémie, comme le note Var-Matin.

Si la situation hospitalière n'est pas encore tendue, le taux d'occupation des services de réanimation s'élève tout de même à 88%.

"La quatrième vague est là"

Malgré cette stabilité apparente dans les hôpitaux, de nombreux médecins craignent une submersion rapide des services hospitaliers et de réanimation. La Dr Agnès Ricard-Hibon, invitée de BFMTV ce jeudi soir, a affirmé que "la quatrième vague est là".

Même son de cloche pour le Dr Jérôme Marty, qui estimait mardi, sur RMC, que les chiffres ne laissaient rien présager de bon:

"Le virus est arrivé beaucoup plus vite que ce que l'on ne l'imaginait. On pensait avoir les premières hospitalisations début septembre. Mais en fait c'est maintenant. C'est encore rare en nombre, mais les courbes exponentielles commencent à rentrer dans leur montée et avec un virus plus contaminant, ça pose problème."

Le médecin toulousain s'est montré pessimiste, craignant une arrivée de jeunes, certes moins malades, mais en nombre important à l'hôpital.

"Le bon moment pour agir"

Pour la Dr Agnès Ricard-Hibon, c'est encore "le bon moment pour agir et éviter l'ampleur de la quatrième vague", étant donné que le taux d'incidence "n'est pas encore très élevé".

"Ce variant Delta est extrêmement contagieux. On avait déjà des contaminations exponentielles avec l'Alpha. Plus on attend, plus on perd des jours, plus les contaminations se multiplient et plus c'est dur de freiner", a prévenu la directrice du SAMU 95 et membre de la Société Française de Médecine d'Urgence.

L'urgentiste Romain Brune, qui a soigné mercredi, pour la première fois depuis mars, un malade grave du Covid-19, a expliqué sur BFMTV ne pas avoir "envie de revivre" un engorgement des services de réanimation, mais s'est dit "prêt": "Les équipes sont au bout du rouleau, ce serait difficile d'avaler une quatrième vague, mais on fera face."

Clément Boutin avec Margaux de Frouville